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 Sur tes traces

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Kirara

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MessageSujet: Sur tes traces   Ven 30 Nov - 19:45
Sur tes traces





~ Chapitre I ~
Cobaye

Rien n’a changé. Les hautes tours d’acier qui se profilaient entre deux traînées de brumes épaisses, le long défilé incessant de civils dans les rues bondées du centre-ville, jusqu’aux vitres crasseuses du complexe administratif…Même cette odeur dérangeante de médicaments –de mort– flottait encore dans l’air… Et pourtant ! Mei soupira.

« Maître Mizukage ?
— Bien ! »

Elle ne précisa pas ce qui était bien, ou ce qui ne l’était pas ; ses talons claquèrent avec force sur le carrelage quand elle se détourna de l’unique baie vitrée du bâtiment. En quelques secondes, elle balaya de son habituel regard songeur l’assemblée réunie dans la salle : deux ou trois vétérans étaient présents, aux silhouettes courbées sur leurs cannes, mais la plupart était des ninjas de Kiri dont la valeur n’était plus à prouver. Des ANBU, aux masques accrochés sur le côté de leurs crânes, le visage découvert, encadraient plusieurs jûnins de haut niveau, tous armés plus qu’il ne fallait en ce genre de circonstances. Dans cette marée humaine, elle aperçut la tête de Chôjuro, à moitié dissimulée par sa lourde épée.

Mei sourit. Décidemment, elle aimait bien ce timide adolescent.

« J’imagine que je ne vous apprends rien de nouveau en affirmant que la quatrième grande guerre ninja a pris fin sur une victoire éclatante de l’alliance shinobi, commença-t-elle d’une voix égale sans avoir besoin de réclamer le silence. »

Le claquement familier de la porte d’entrée de la pièce attira son attention juste avant qu’elle ne termine sa phrase. En reconnaissant le nouvel arrivant, elle grimaça. Et à la vue des dossiers qu’il tenait à bout de bras, son rictus se transforma en malaise.

Visiblement, il avait bien travaillé. Et elle doutait finalement que ce soit une bonne chose…

La gorge serrée, elle fit signe à Ao, qui se tenait assis à sa droite, de continuer son petit exposé. Il acquiesça en prenant la parole.

« Après plusieurs cérémonies et fêtes en l’honneur de ce succès, chaque village caché a regagné ses territoires respectifs, avec, selon un accord mutuel, une durée d’un an de paix forcée afin de se remettre des dégâts matériels et humains… »

Cérémonies ? Accord mutuel ? … forcé ? Pourquoi faut-il qu’il fasse TOUJOURS des allusions au mariage ? Songea Mei, une goutte de sueur sur la tempe. Elle était déjà suffisamment stressée comme ça par la présence de ce type, bon sang !

« Mais récemment, alors que nous ne sommes qu’à trois mois de l’échéance de cette trêve, une attaque anonyme a eu lieu sur Kumo, coupa-t-elle brusquement en jetant un regard menaçant à son second. Et nous force par la même occasion à reconsidérer notre situation… précaire. Avouons-le, l’économie de notre daimyo a sévèrement chuté ces derniers temps et s’est répercutée sur notre propre système… Nous manquons de jeunes guerriers et nos élèves les plus précoces ne pourront être réellement considérés comme éléments de Kiri que dans deux ou trois ans…
— N’exagérons rien ! s’exclama un ancien. Ils ont presque dix ans, après tout !
— C’est bien ce que je dis ! Ils n’ont pas l’expérience nécessaire ! Ils se feront tuer avant d’avoir pu lancer la moindre offensive ! »

La réplique, cinglante et définitive, ne permit pas au vieux ninja de riposter. Il se contenta de reculer un peu en grommelant quelque chose dans sa barbe.

Personne ne comprit vraiment quoi, mais les mots « folle furieuse », « catastrophes » et « de mon temps » revenaient souvent…

« Mais comment faire, dans ce cas, Mizukage-sama ? interrogea Chôjuro.
— Justement, c’est là que nous ne vous avons pas tout dit, murmura la jeune femme en s’attirant une moue dédaigneuse d’Ao. Comme vous le savez, la mort de ce Tobi, tel qu’il soit, a entrainé dans le même mouvement la destruction complète d’Akatsuki…Et dans un de ses anciens repaires, nous avons pu retrouver la statue qu’ils utilisaient pour extraire les bijûs du corps de leurs propriétaires…Grâce à plusieurs spécialistes en sceaux, nous avons réussis à les capturer de nouveau avant de brûler cette machine.
— Quoi ?! Mais je croyais que les démons avaient disparus avec ce truc ! Cria quelqu’un.
— C’est ce qu’on nous a demandé de dire tant qu’on n’aurait pas décidé quoi faire de… de ça.
— Et maintenant ?
— Les sept démons retrouvés ont été répartis le plus équitablement possible entre les différentes nations ninjas…Pour notre part, c’est de Rokubi, le démon à six queues, dont nous avons hérité…Il est actuellement sous haute surveillance, plongé dans une espèce de coma artificiel dans un lieu tenu secret.
— Attendez, Mizukage-sama…Vous ne voulez pas dire que…
— Si. Nous allons lui trouver un nouveau jinchûriki… »

Un concert de protestations s’éleva aussitôt, lui coupant la parole. Mei serra les poings, ses ongles se plantant avec hargne dans la paume de sa main. Du sang coula entre les articulations. S’ils croyaient que cela lui plaisait ! Mais un bijû représentait un atout non négligeable pour un village caché, surtout si ce dernier manquait de se retrouver à la ruine suite à une guerre trop dévastatrice…

« SILENCE ! hurla Ao en abattant ses mains à plat sur la table, envoyant valser sa chaise à terre dans un fracas indescriptible qui mit aussitôt fin aux hurlements.
— Merci, souffla Mei. Sachez que ce procédé ne m’enchante guère… D’ailleurs, les villages cachés de Konoha et Suna se sont farouchement opposés à cette alternative ! Enfin… Comme Takigakure a déjà choisi son nouveau réceptacle, et ce, depuis la fin du conflit, dites-vous que nous ne faisons que suivre l’exemple. Cela apaisera votre conscience ! Pour ce qu’il en reste… »
Mei se releva juste ce qu’il faut pour prendre une attitude décidée, sous le regard désormais ravi d’Ao. Elle savait ce qu’il était en train de penser : il savourait à sa juste valeur le retournement de la situation, qu’elle avait orchestrée à la réplique près. Un vrai travail de dictateur ! Mais qui lui faisait bien mal au cœur…

Son index fendit l’air pour aller se pointer dans la direction du ninja qui se tenait toujours à l’écart. Répondant à son appel, il s’avança de quelques pas, plaçant son visage à la lumière des néons : il devait avoir la quarantaine ; quelques rides apparaissaient aux coins de ses yeux, dans lesquels brillait une lueur folle. Ses lèvres restaient plissées dans un rictus légèrement psychopathe. Il se tenait voûté, ses éternels dossiers sous le bras… C’était un de ces hommes qu’on n’aimerait pas croiser dans une ruelle sombre, un soir de pleine lune.

« C’est Sadako, un de nos meilleurs maîtres en fuinjutsu, qui s’occupera de sceller Rokubi, reprit Mei. Sa réputation n’est plus à faire, il me semble !
— Merci, Mizukage-sama, répondit ledit Sadako en s’inclinant imperceptiblement.

Sa voix avait quelque chose de… sifflant.

« Pour assurer la totale réussite du scellement, il nous faudra trouver un enfant, pas trop jeune de préférence, pour que sa constitution puisse accepter le démon à queue plus facilement, mais pas trop vieux non plus, sinon le bijû ne s’accrochera pas au nouveau réceptacle. L’ancien jinchûriki de Rokubi était Utakata, un déserteur. Mais nos archivistes possèdent encore des dossiers sur son métabolisme, et nous baserons la recherche d’un nouvel hôte sur ces données, afin de minimiser les risques d’une… libération de ce démon, et que ce dernier s’adapte dès le premier essai. Tous se souviennent encore de la crise Kyûbi qui menaça de raser Konoha, je suppose ? Dans ce cas, je n’ai pas besoin de vous faire une petite démonstration de ce qui pourrait arriver à Kiri en cas d’échec. »

L’assemblée frissonna dans un bel ensemble. Dans la bouche de Sadako, « enfant » sonnait « jouet » et réceptacle, « monstre ».
Un vrai ninja de Kiri ! Selon leurs propres définitions…

« D’ailleurs, il me semble, continua-t-il à l’adresse d’Ao, que c’est vous que j’ai chargé de dénicher un enfant semblable à Utakata ? Qu’ont données vos recherches ?
— Et bien, je crois que celle-ci pourrait convenir, répondit Ao en tendant au scientifique un fichier quelconque. Mais êtes-vous sûr que l’union entre… »

… Union ? Mais il le fait vraiment exprès ! Sous la table, Mei écrasa le pied d’Ao en lui susurrant un innocent « Tais-toi ou je te décapite ! ».

Alors que Sadako menaçait de se saisir des feuilles, Mei le lui arracha carrément des mains et l’ouvrit à la première page, se fichant éperdument du regard colérique du savant. Le futur hôte en question était une fillette d’à peine sept ans, si elle en croyait les informations soigneusement annotées par Ao. Sur une photographie, dans un coin, à droite, elle put voir qu’elle avait un visage fin, presque squelettique, encadré de mèches rebelles brunes et des yeux noisette. Elle était terriblement banale… Mais elle avait aussi l’avantage de posséder le même groupe sanguin et la même ossature qu’Utakata à cet âge, à quelques détails près.

« Ryuka Sandayu, lut-elle à haute voix. »

Sandayu… Elle connaissait ce nom ! Où l’avait-elle déjà vue ?
Ah, oui. Sur la stèle dédiée aux morts de la quatrième grande guerre ninja.

« Qui sont ses tuteurs ? demanda Mei en consentant enfin à donner le dossier à Sadako.
— Son grand-père… Un vieux fou au cerveau bloqué sur l’ère sanglante de Kiri, déclara Ao.
— J’ai donc votre feu vert, Mizukage-sama ? interrogea Sadako.
— Oui… »

Pauvre fille… Le destin a fait de toi le cobaye idéal !

oOOo

Allez, concentre-toi un peu ! Elle n’y arrivait pas, même en ressassant encore et encore les rares instants volés à sa mémoire passée avec ces… inconnus ? Elle ne savait même plus comment les appeler, et ignorait si elle devait se fier aux paroles de Pépé Han. Sa maman était-elle réellement cette jeune femme souriante face à l’objectif, la taille fine et gracile drapée dans un yukata mauve bon marché, si rayonnante aux bras de son mari ? Et son père ? Elle se rappelait des cris poussés après une journée trop dure, une paie trop légère, et du bruit des coups sur ses bras quand elle posait une question qu’il imaginait indiscrète. Mais aucun de ces sons ne lui évoquaient l’homme rieur, serré contre son épouse, la main protectrice et bienveillante sur sa taille et les cheveux en bataille. Ses yeux s’embuèrent de larmes difficilement retenues.

« Ce photographe est un menteur ! » hurla Ryuka en envoyant valser le cadre contre le mur d’en face. Des milliers de fins éclats de verres s’éparpillèrent sur le sol dans un tintamarre assourdissant.

Il y succéda un claquement sonore, résultat de la main ridée qui venait de s’abattre sur sa joue.

« Petite sotte ! hurla Pépé Han en la saisissant par le col pour la relever. Regarde ce que tu as fait !
— Pépé ! Tu me fais mal ! »

Au-dessus d’elle, elle entendit Pépé Han vociférer des jurons sonores en l’agitant à la manière d’un sac à patates. Elle avait envie de vomir…

« Tu m’énerves ! Tu m’énerves à ne pas ressembler comme il le faudrait à tes parents, à être aussi faible, à n’en faire qu’à ta tête !
— J’y peux rien ! Je te jure que j’essaie, mais je n’arrive pas à…
— Ne dis rien ! Tu ne lâches que des bêtises quand tu parles ! Je te…
— Et bien, que de violence… »

Tous deux se retournèrent d’un seul mouvement vers le hall de leur petit appartement. Ryuka plissa les yeux, toujours à quatre pattes sur le sol, observant à la va-vite le groupe de ninjas encapuchonnés, placés en une formation de défense qui lui rappela vaguement quelque chose… Peut-être dans un de ces livres de ninjutsu que lui faisait lire Pépé Han… En tout cas, elle ne les avait pas entendus entrer ! Pourtant, ils étaient cinq, et, leurs armes semblaient bien lourdes… Elle reconnut des masques d’ANBU. Au centre de leur figure se tenait un homme bien plus imposant que les shinobis, au regard louche qui lui inspira aussitôt un dégout sinistre.

« Sadako-sama ! » s’exclama Pépé Han en s’inclinant aussitôt, face contre terre, avec la voix tremblante d’admiration.

Ryuka se dépêcha de l’imiter, avec un temps de retard cependant. Ses cheveux glissèrent entre ses épaules, et le silence s’installa bientôt… Et puis, instinctivement, elle porta la main à son cou. Il y avait… comme une piqûre de moustique. Cela la démangeait, en tout cas.
En relevant un peu les yeux, elle vit le dénommé Sadako la fixer comme s’il s’accrochait à la vie à travers elle. C’était son regard qui la brûlait.

« Han Sandayu… Ravi de te revoir, après toutes ces années… murmura Sadako d’un air absent, l’observant toujours sans prêter une seule miette d’attention à Pépé Han.

Hein ? Ce type connaissait son grand-père ? Visiblement, ce dernier semblait le considérer comme un de ses supérieurs, et cela ne fit qu’augmenter sa méfiance.

— Que puis-je faire pour vous, Sadako-sama ?
— J’aimerais vous parler… En privé, je veux dire. »

Le message était suffisamment clair pour que Ryuka se lève sans demander la permission. Elle traversa la pièce comme un automate et courut se réfugier dans sa chambre. La porte claqua avec force, faisant vibrer son cœur en rythme. Inconsciemment, elle porta la main à sa poitrine et crispa les doigts sur sa veste bleue marine… Le tissu, déjà quasiment inutilisable, se déchira sous la pression.
J’ai un mauvais pressentiment…

oOOo

Quand la peur vous prend aux tripes, en général, on a souvent du mal à penser à autre chose… Ryuka réfréna un sanglot rapide, pure réflexe hérité de Pépé Han, et ferma les yeux. Le noir, presque rassurant désormais, remplaça le décor parfaitement propre et rôdé du laboratoire dans lequel cet homme l’avait emmenée. Ce n’était pas tant les fioles et les instruments de médecine, dont elle ignorait le nom, qui l’effrayaient, mais ce qu’on allait lui faire… Personne n’avait jugé bon l’informer.

Enfin, si. Pépé Han lui avait juste assuré que son honorable sacrifice aiderait le village. Rassurant, n’est-ce pas ?

Courbé sur une pile de rouleaux aux inscriptions diverses, Sadako sourit. Cette enfant dépassait toutes ses espérances ! Elle était tout simplement parfaite. Non seulement, il restait persuadé que son organisme supporterait très bien son sceau, mais en plus, elle porterait à son paroxysme sa longue carrière de spécialiste en fuinjutsu.
L’art des sceaux restait, même après tant d’années, une science très complexe que peu de ninjas pouvaient s’enorgueillir de maîtriser complétement. Sadako faisait partie de ceux-là. Chacun de ses sceaux était unique et demeurerait jusqu’à sa mort des modèles de génie. Et aujourd’hui, il allait enfin pouvoir tester jusqu’où il pouvait pousser ses talents.

Il se releva et contourna son bureau, posant un doigt sur le ventre dénudé de la fillette, la faisant frémir. Sa main libre, elle, se mit à composer plusieurs mudras à une vitesse ahurissante.

« On commence ! s’exclama-t-il en direction de ses assistants. »

On s’agita bientôt dans la petite pièce.
Les minutes s’égrenaient plutôt rapidement, et plusieurs cercles se formaient peu à peu au niveau du nombril de l’enfant, plongée dans un sommeil sous l’influence d’un de ses sorts maisons, dont il était si fier. Du sang se mêlait à l’encre, et un chakra malsain pesait dans l’air. Une de ses infirmières s’était carrément évanouie à terre et son corps traînait encore sous le lavabo. Plusieurs de ses confrères l’encadraient pour contenir Rokubi. Mais malgré tous leurs efforts, il devenait évident que la présence du démon à six queues échappait de plus en plus à leur contrôle…

Sadako grimaça. S’ils continuaient comme ça, la fillette ne survivrait pas…

« Vérifiez le rythme cardiaque !
— Augmentez la pression sur Rokubi !
— Ajoutez un nouveau cran de sécurité au sceau ! »

Les muscles de la gamine se contractèrent soudainement et elle recracha une gerbe de sang. Sur son ventre, les signes se mirent à tourbillonner brutalement et à rougeoyer. Sadako fronça les sourcils et modifia légèrement ses mudras. L’improvisation restait très importante dans ce genre d’opérations… Quoi qu’il en soit, son propre chakra vint percuter le centre du sceau, dont les virgules fusionnèrent brutalement en attirant vers elles le chakra de Rokubi. On entendit dans la salle un hurlement fantomatique qui s’évapora dans l’air en seulement quelques secondes, et le bipper s’affola avant de repartir normalement…

Sadako se laissa tomber contre un plan de travail, sa main effaçant les traces de sueur sur son front. Un sourire vint peu à peu éclairer son visage. Il avait réussi !
Son plus grand chef d’œuvre…

oOOo

Deux semaines venaient de passer…

Le grincement régulier et répétitif de la balançoire procurait à Ryuka un sentiment de sécurité qu’elle n’était plus sûre de trouver ailleurs. Elle soupira. Ces derniers quinze jours avaient été terribles. Elle ne se souvenait que par bribes de son passage chez Tête-de-Camembert, qui était parfois pire que Pépé Han, sur certains points, ce qui relevait de l’exploit, mais rien que d’évoquer ce qu’elle avait ressenti l’effrayait, la rendant muette et immobile pendant plusieurs minutes.
Elle poussa du talon pour accélérer la cadence et visa les feuilles craquées de l’arbre.
Ces derniers temps, son quotidien était rythmé par des regards interrogatifs des shinobis et méprisants des civils. Jusqu’à Pépé Han, qui éclatait à la moindre de ses erreurs. Ses cours à l’académie, où ses résultats des plus médiocres l’avaient reléguée en fond de classe, étaient ponctués des ricanements moqueurs de ses camarades en prime.

Elle n’osait pas utiliser son chakra ; à chaque fois qu’elle joignait les mains dans un mudra, un autre chakra, plus sombre, plus… étrange s’y mêlait et faisait dégénérer ses techniques dans un horrible fiasco qui faisait hurler ses professeurs.
D’ailleurs…

« Qu’est-ce que tu fiches encore ? râla Pépé Han en arrivant à sa hauteur. Tu ne devrais pas réviser plutôt ? Ton maître n’a pas demandé à me voir pour rien, tu sais ! Dois-je te rappeler tes notes en genjutsu, en ninjutsu, en tout ?! Comment veux-tu servir le village avec des résultats pareils ? »

Il secoua la tête, comme dépité d’avoir une petite-fille aussi minable, et d’un signe, l’invita à le suivre. Elle obéit sans ciller, calquant ses pas sur les siens sans le moindre effort…
Elle se mordit les lèvres et voulut prendre la parole. Lui demander ce qu’elle avait fait comme erreur pour mériter une punition pareille. Réclamer des informations sur ce tatouage qu’elle voyait apparaître par intermittence sur son ventre. Hurler des inepties à la face de ce monde qui semblait se moquer d’elle. Jurer. Tempêter. Vivre. A la place, elle se tut.

Elle serra les poings et ses yeux se perdirent dans l’horizon, dont les lignes jouaient avec des couleurs invraisemblables à travers le brouillard de ce pays maussade et déprimant.
Elle se sentait seule.


oOOo

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MessageSujet: Re: Sur tes traces   Dim 9 Déc - 17:59
~ Chapitre II ~
Boulet


L’acier siffla, décrivant une courbe imparfaite au-dessus du terrain d’entrainement ; Ryuka le vit déviant de sa trajectoire initiale, ignorant sa cible pour venir se ficher dans le sol avec un bruit sec qui la fit jurer, vexée par ce nouveau raté.

« Mer…Zut ! »

Ryuka se leva de mauvais gré, se baissant pour ramasser le shuriken perdu, soupirant intérieurement. Alors qu’elle le rangeait dans l’étui prévu à cet effet, traditionnellement accroché à sa cuisse droite, elle se remémora rapidement les évènements de ces dernières années : cela faisait maintenant moins d’un an qu’elle était devenue genin, ayant réussi l’épreuve à l’âge inespéré de dix ans. Mais elle n’était pas dupe : elle savait très bien que sa promotion miraculeuse se devait uniquement à l’insistance de Pépé Han, toujours aussi borné, et peut-être même à celle de ce Tête-de-Camembert…Elle n’avait clairement pas le niveau, aux yeux des professeurs, et ne pouvait pas les blâmer. Malgré les longues heures d’entrainement qu’elle trainait derrière elle, elle n’était pas si compétente que ça. Son statut « spécial » ne jouait cependant pas en sa faveur ! Ses compagnons, deux garçons issus de familles civiles, qui ignoraient encore la dure réalité du monde shinobi –qu’elle-même appréhendait avec lucidité suite aux nombreux sermons de Pépé Han– la regardaient de travers avant de s’éloigner d’elle en se chuchotant des moqueries à l’oreille. Aussi, elle ne pouvait s’empêcher de se demander s’ils n’avaient pas été choisis en raison de leurs origines modestes. Aucun clans ne les réclameraient si elle les tuait accidentellement, ce dont elle doutait sérieusement de pouvoir réussir…

Sa seule chance résidait sans doute dans le fait que leur professeur restait moins stupide que les autres : lui se contentait de l’ignorer sagement, guettant le moindre signe suspect, sans succès. Encore heureux, diront ses collègues à la pause-café. Mais elle s’en fichait bien.
Encore une preuve de sa médiocrité : sur les vingt-six shurikens qu’elle avait lancé, seuls cinq s’étaient plantés dans l’écorce brune et sèche de l’arbre qu’elle visait. Et ce n’était qu’une cible immobile ! Elle n’osait imaginer ce que donnerait un tel résultat face à des ninjas ennemis.

Un coup d’œil en direction du ciel lui confirma qu’il était temps de rentrer. Cela faisait plus de trois heures qu’elle s’entrainait, sans résultats et un nuage plus noir que les autres lui fit savoir qu’il allait pleuvoir. Elle se dépêcha de ramasser ses lames en désordre à terre. Elle les rangeas les unes après les autres, les comptant mentalement. Pas question d’en perdre un seul ! Elles avaient appartenu à son père, et tout ce qui touchait à ses parents revêtait un caractère sacré, avec Pépé Han.

« Merde ! Zut, je veux dire ! Il en manque un ! »

En effet, le dernier compartiment était vide. Elle jura en se baissant, tâtonnant un peu à l’aveuglette en soulevant des nuages de poussière devant elle, à la recherche du moindre petit éclat métallique. Elle abandonna rapidement le terrain d’entrainement pour se concentrer sur les fourrés qui entouraient la zone. Avec un peu de chance, un de ses lancers ratés l’avaient fait atterrir par là. Son front percuta une branche alors qu’elle soulevait un caillou –ce qui était complètement stupide, puisqu’après tout, comment son shuriken aurait pu se loger sous un caillou ? Mais il ne fallait pas chercher à comprendre avec elle– et ses yeux accrochèrent brusquement l’arme tant convoitée, plantée dans ce qui ressemblait à une butte beige.

« Le voilà ! s’exclama-t-elle victorieusement en se saisissant du shuriken. »

Elle ne le remua que légèrement, mais le gémissement humain qui retentit alors, suivi d’un fin filet carmin coulant du bout de la lame la fit soudainement blêmir, puis elle vira à une jolie teinte écrevisse. Oh non, pas ça, pitié !

Sa malchance légendaire avait encore frappé !

« Désolée ! Je ne pensais pas que vous étiez là à faire pipi ! Je…je vais aller m’entrainer au lancer de shurikens ailleurs, vous n’êtes pas d’accord ? »

Elle n’attendit pas la réponse de son interlocuteur, arracha carrément son arme du…fessier de sa pauvre victime et s’enfuit sans demander son reste, le rouge aux joues.

oOOo

Son oreillette grésilla, l’agaçant davantage alors qu’elle tapotait vainement dessus pour faire revenir à la normale les lignes parasitées. Derrière le petit bruit répétitif, elle crut entendre les vociférations excédées de son équipe, mais peut-être n’était-ce que son imagination…Ryuka loucha sur les commandes, puis suite à une manipulation un peu plus brusque que les autres, elle entendit cette fois clairement les ordres patients de son professeur, et les protestations de ses équipiers. Le matériel laissait vraiment à désirer…

« Quoi ? s’exclama-t-elle, ce qui restait une façon peu polie de demander à son maître de répéter les consignes. »

A l’autre bout du fil, il soupira. Elle l’imaginait bien triturer ses doigts, fatigué d’avoir à gérer trois enfants en pleine préadolescence. Elle le plaignait sincèrement.

« Ryuka, la cible approche de ta position, l’informa-t-il.
—Entendu. »

Sans attendre de signal, elle raccrocha sans plus de cérémonie – façon de parler, vu que ce n’était pas vraiment un téléphone, mais une imitation ratée des écouteurs de… On s’égare, là–. Elle jeta un rapide coup d’œil à sa carte. Si son maître disait vrai, alors la cible serait coincée si elle continuait dans sa direction. Elle eut un petit sourire. Ce serait parfait comme ça ! Elle la tenait, quoi qu’il arrive.

Seulement, elle avait évidemment –une fois de plus– oublié de prendre en compte le facteur Ryuka-et-sa-malchance-légendaire-qui-fait-les-ragots-des-commères-du-village-et-s’étrangler-de-rire-Mizukage-sama-à-chaque-repas-sous-les-hurlements-indignés-de-son-second-adoré-Ao-qui… Bref.

Elle préparait son corps à un saut périlleux qu’elle espérait maitriser et pas trop maladroit, mais son pied rencontra malencontreusement une saleté de caillou égaré là comme par hasard –à croire que les ennuis aimaient se perdre sur son chemin–. En tout cas, une chose en entrainant une autre, elle s’étala royalement à terre, sa sacoche sous elle et hurla de douleur en sentant une de ses armes lui rentrer dans les côtes. Le vacarme qui y succéda, résultant d’un théorème complexe sur la gravité ou un truc du genre qui fit tinter ses lames les unes contre les autres, couvrit ses cris et effraya le pauvre chat que son équipe s’acharnait à poursuivre depuis le petit matin. Il feula de surprise en sa direction, puis fit volte-face et repartit en sens inverse. Stupidement, elle tendit la main pour le rattraper…Mais un de ses coéquipiers fut plus rapide qu’elle. Il attrapa le chat d’un bond leste qu’elle jalousa aussitôt et ré-atterrit près d’elle, calmant l’animal enragé par une caresse entre les oreilles. La bestiole eut même le culot de ronronner. Ronronner !

« Non mais franchement, tu pourrais faire attention ! Si je n’étais pas intervenu, on le perdait de nouveau ! Pour la troisième fois ! »

Elle soupira, s’encastrant le plus possible la tête dans la terre. Toujours la même rengaine, le même regard, la même attitude à son égard. Elle voulut répliquer, mais l’arrivée des derniers membres de l’équipe l’en empêcha. Quelques phrases échangées entre eux, modèle d’efficacité purement ninja, suffirent à résumer la situation, et bien évidemment, son fiasco personnel qui avait menacé de bousiller tout le plan. Ryuka tiqua. Un plan ? Ils n’avaient même pas jugé utile de la mettre au courant !

Elle en oublia carrément ses côtes sanglantes, que Rokubi soignait déjà de toute façon. Son maître la releva sans ménagement, sans la moindre trace de compassion dans ses gestes ou dans ses yeux. Ryuka renonça à chercher la moindre miette de sentiments chez cette statue humaine et se contenta de disparaître dans un nuage de fumée à la suite de ses compagnons.

« Notre mission est terminée. Partons. »

oOOo

Le stylo crissa en traçant des consignes quelconques sur leur dernier rapport de mission, spécialement rédigé par ses coéquipiers, pas encore assez fou pour lui confier la moindre tâche ayant un rapport avec la paperasserie. C’était la seule chose dont elle oubliait de se plaindre.

« Bien, se décida à intervenir son second Ao, en voyant son Mizukage absorbée par le paysage et visiblement peu encline à se concentrer sur son travail. Vous avez accompli votre mission avec brio ! »

Il savait que cette tâche était fastidieuse, mais elle aurait pu tout de même faire un effort. Ne serait-ce que pour le réceptacle !

Enfin, son maître sembla reprendre pied avec la réalité et toisa l’équipe onze de son regard nonchalant. Les deux garçons rougirent face à l’examen visuel de la séduisante kage, et son professeur, plus discret, se contenta de baisser la tête en grommelant quelque chose. Ryuka plissa le nez. Les hommes n’étaient pas vraiment difficiles en matière de femmes… Alors pourquoi ne les attirait-elle pas ? Avec ses cheveux bruns foncés et ses yeux brûlants, elle était quand même à peu près jolie, selon elle (plutôt selon Pépé Han) Peut-être était-ce un autre coup fourré de Rokubi ?

« Je vais vous assigner une nouvelle mission tout de suite, décida Mei Terumi en plongeant la main dans les différents dossiers qui jonchaient son bureau en désordre. »

Visiblement, la paperasserie n’était pas non plus le fort de la Mizukage, et Ryuka se surprit à sourire.

« Tiens, celle-ci par exemple, approuva-t-elle en leur tendant un rouleau, que leur maître s’empressa de saisir. Elle consiste à garder une petite heure des parchemins propres à plusieurs clans de notre village, lors de la réparation de la section secrète de la bibliothèque qui leur est réservé. Vous ne quitterez pas l’enceinte du village, c’est l’idéal ! »

Elle nota leurs noms sur le registre, puis les invita à sortir d’un geste parfaitement calculé de la main. Ses deux équipiers obéirent comme des petits chiens, suivis plus tranquillement par leur professeur. Ryuka, par pur esprit de contradiction, fut plus longue et claqua la porte en sortant, ignorant les sifflets moqueurs de ses camarades. Tout en Mei Terumi l’énervait ! De quel droit se permettait-elle de leur donner des ordres ? Parce qu’elle était Mizukage, c’est vrai, mais comment réussissait-elle à se faire obéir des garçons comme de vulgaires pantins ? C’était rageant. Et sa poitrine ! Elle-même était plate comme une limande, constata-t-elle en louchant sur ses seins inexistants. Elle arrêta son petit manège quand elle aperçut son maître l’observant bizarrement.

« Tu es jalouse de la Mizukage !
— Même pas en rêve ! »

Resté dans la pièce, de l’autre côté du mur, alors que les quatre ninjas disparaissaient dans l’angle d’un couloir, Ao prit la parole, s’adressant directement à son Kage, d’un ton qu’il voulait doux mais qui dérailla dans les aigus avant la fin de sa phrase.

« J’espère que vous savez ce que vous faites, Mizukage-sama… Si jamais la mission est un échec, c’est tout le village qui en subirait les conséquences… désastreuses ! »

Un de ses collègues, en bout de table, releva la tête d’un parchemin qu’il étudiait depuis quelques heures déjà, ravi de la diversion. Les disputes d’Ao et de Terumi-sama était généralement très amusantes et parfois écœurantes de bonne humeur.

« Tu exagères peut-être un peu, non ?
— Du tout ! Les jeunes d’aujourd’hui ont un réel problème avec les responsabilités ! »

Et dans l’esprit tordu de Mei : Echecs... responsabilités… Encore une allusion au mariage ?

« Un mot de plus… et je t’étripe !
— Hein ?! »

oOOo

Ryuka soupira, agacée d’avance ; pour une fois que les termes de la mission changeaient, il fallait que ce soit quelque chose d’encore pire ! Franchement, en quoi ces parchemins immobiles et ennuyeux risquaient-ils de se faire prendre, ou même de s’enfuir par leurs propres moyens ? Que craignait Mei Terumi ? Une invasion de mites ? Pour un peu, ces rouleaux auraient pu se garder seuls. Elle préférait courser ce pauvre chat dans la forêt, qui restait un cadre vertigineux et rassurant, toujours aussi familier après tant de fugues dans ces bois.

« Depuis combien de temps gardons-nous ces trucs ? osa-t-elle demander en direction d’un de ses coéquipiers, postés à la fenêtre. Elle l’enviait. Lui au moins était à l’extérieur.
— Presque quarante minutes, répondit-il sans se retourner, par réflexe. »

Il fallait tenir : la relève arrivait dans vingt minutes !
Plongés dans leurs pensées respectives, ils n’entendirent pas le bruit sourd caractéristique d’une chute d’un objet fragile provenant de l’entrée. Bruit qui fut suivi d’une déglutition forcée et répugnante, comme quelqu’un que l’on assomme selon une de ces techniques abjects spécialement concoctées par la Section Interrogatoires et Tortures.

Ryuka observait ses doigts, fins et écorchés par le maniement des armes blanches. Elle était prête à parier qu’aucun chakra ne viendrait à en sortir pour une de ces techniques qu’elle observait à la volée durant leurs entrainements. Elle aimerait tellement pouvoir utiliser son chakra comme elle le voudrait, mais Tête-de-Camembert, qui lui rendait visite chaque année le lui avait formellement interdit, et la peur irraisonnée qui la prenait aux entrailles à chaque fois qu’elle sentait le chakra maudit de Rokubi se mêler au sien était on ne peut plus dissuasive : elle ne résistait pas et abandonnait. Arriverait-elle à devenir une vraie ninja sans chakra et en se cantonnant au strict taijutsu ? Elle en doutait, mais elle avait entendu dire qu’à Konoha, on faisait de ces shinobis particuliers des héros. Mais elle n’était pas à Konoha. Son village s’appelait Kiri, et ici, il n’y avait pas de quartier pour les faibles, catégorie à laquelle elle appartenait évidemment.

Elle voulut demander une nouvelle fois l’heure à son coéquipier, mais sursauta en s’apercevant que sa silhouette musclée ne se trouvait plus à la fenêtre. Elle plissa le nez. Lui qui était si zélé aurait-il quitté son poste sans autorisation ? C’était peu probable… Son kunaï chuinta en quittant la sécurité de son étui, et elle se mit en garde du mieux qu’elle le put.

Un grincement et une ombre s’étendant sur le parquet irrégulier de la petite pièce la fit reculer de trois pas, juste en face de la vitrine contenant les rouleaux. Elle ramena bien devant son visage son arme, la mettant en évidence : avec un peu de chance, son ennemi (c’était forcément un ennemi !) la verrait et rebrousserait chemin… Son espoir fou se dissipa bien vite quand un corps inanimé tomba sur le sol. Elle le reconnut aussitôt : c’était son partenaire ! Ryuka sentit son sang se glacer dans ses veines. Ce type, tel qu’il soit, n’hésitait pas à s’attaquer à des enfants !

Elle se désintéressa de lui pour observer son adversaire. Plongé dans l’obscurité d’une poutre, elle ne voyait de lui qu’une forme apparemment adulte et fine, taillée sur mesure pour le ninjutsu, chose qu’elle ne possédait déjà pas. Elle ne se fit pas beaucoup d’illusions sur ses chances d’en sortir et mit son « mode survie » en pause. Seuls comptaient les rouleaux, désormais.
Quel gâchis ! Risquer sa peau pour deux ou trois antiquités poussiéreuses !

Elle tiqua ; son adversaire avait disparu ! Elle balaya du regard le petit espace sombre…et encaissa de plein fouet la technique de taijutsu, fauchant son dos d’un mouvement rapide de la jambe. Non, ce n’était même pas une technique, mais un simple coup de pied ! Elle s’écrasa sur le sol, les os aussitôt ressoudés grâce à Rokubi, et l’amour-propre en miettes. Elle aurait dû le voir venir !
Ryuka se releva souplement, sous l’effet d’une nouvelle poussée d’adrénaline. Une volée de shurikens atterrit aussitôt là où elle se tenait auparavant. Elle se remit juste à temps d’aplomb, se plaça rapidement hors de portée et s’autorisa une petite pause, en profitant pour détailler son adversaire.

Choc. C’était impossible !

Combien de fois avait-elle eu l’occasion de le voir et le revoir dans les pages du Bing-Book où il était classé « S » ? Il avait changé, cependant. Sa peau qu’elle imaginait opaline comme celle d’un Seigneur était couverte de longues cicatrices sans grâce, dure et tannée par le soleil et ses cavales. Si elle avait ignoré qu’Itachi, son frère, était bel et bien mort, elle l’aurait confondu avec lui : il avait laissé pousser ses cheveux jusqu’à ses épaules. Bientôt, il les nouerait en catogan, sans doute… Et ses yeux noirs, aussi insondables que la glace d’ordinaire, brillait désormais d’une détermination sanglante. Sasuke Uchiwa !

Je vais mourir ! fut la première chose qui vint à l’esprit de Ryuka.

Sasuke, lui, soupira. Eliminer les trois premiers clowns dehors avait été d’une facilité déconcertante. Mais placer des gamins pour protéger des rouleaux d’une telle valeur ? Qu’avait donc Mei Terumi dans la tête ? Pour l’avoir affrontée dans le passé, il en aurait attendu plus d’elle…Mais il faut dire que cela l’arrangeait. Sa jambe recommençait à le lancer…

Il n’osait imaginer le fiasco si jamais sa « blessure » se rouvrait maintenant.

Quand, enfin, les assauts répétés et maladroits de ces genins avait cessé, il avait cru un bref instant avoir droit à un peu de répit. Mais la dernière de ces ninjas ratés, une kunoichi, visiblement d’à peine une dizaine d’années n’avait pas hésité à lui sauter à la gorge. Pour un peu, il la respecterait. Pour un peu, seulement. Il fronça les sourcils en activant ses sharingans.

Se rendait-elle compte du chakra incandescent et si tentateur qui pulsait dans ses veines, enivrant ses mouvements désordonnés d’une aura folle et tourbillonnante, la transformant en un monstre à l’allure puissante et forte ? Il n’avait connu cette sensation que peu de fois et il en avait toujours payé le prix cher… Il décida de se méfier….
…et ses illusions retombèrent d’un seul coup quand Ryuka se lança dans une attaque aussi stupide qu’irréfléchie, bridant volontairement ce fantastique chakra si propre aux réceptacles. Il la repoussa du plat de la main, et ce contact lui fit un drôle d’effet. Il n’avait aucune envie de combattre cette novice, comme il avait eu envie de combattre Killer Bee ou Naruto Uzumaki.
En fait, il mourrait d’envie de la corriger, mais s’abstint. Que cette fille soit une erreur à elle toute seule, une insulte au ninjutsu, ne l’intéressait pas. Pas du tout, même.

« Stop, fit-il simplement en parant un douzième ou treizième coup d’estoc raté. »

Il se faisait l’effet de Kakashi Hatake, lisant son bouquin cochon en esquivant les coups de Naruto, ce crétin. Il se morigéna intérieurement. Quelle bêtise !

Du côté de Ryuka, la jeune fille doutait d’avoir bien entendu. Stop ? Comment ça, stop ? Il fallait attaquer, plutôt ! Elle se plaça en position de défense, voulut le provoquer stupidement et… s’écrasa à terre. « Comment fait-il pour être aussi rapide ? »

« Tu as un sacré potentiel, pour une morveuse, résonna la voix froide et sans âme de Sasuke, parfait effet de style travaillé durant des années. Tu dois faire une bonne élève… Le kaléidoscope hypnotique du Sharingan ! »

Ryuka n’eut pas le temps de s’étonner ; ses yeux se voilèrent, retenant des larmes absentes et tout son être trembla au rythme muet d’une mélodie sournoise. Elle s’écrasa au sol, l’esprit déjà perdu dans les limbes brumeux du sharingan.
Plus loin, Sasuke eut un sourire satisfait, avant de briser la vitre contenant les parchemins et de s’en saisir, un doute affreux tordant ses pensées : qu’est-ce qu’il lui avait pris de dire un truc pareil ?

oOOo

« LES PARCHEMINS ! hurla Ryuka en se redressant vivement, la morphine se diluant déjà dans ses veines sous les protestations vexées de Rokubi. »

Un vertige la prit, et elle dut se retenir aux draps de son lit d’hôpital pour ne pas sombrer de nouveau. Que s’était-il donc passé ? Son regard glissa sur les corps inanimés de ses coéquipiers…

Elle tenta de se souvenir : la mission, la disparition de son pseudo-partenaire, et… rien, juste un trou noir effrayant de netteté, une silhouette se mouvant avec précision et justesse et une phrase murmurée à son oreille, sans queue ni tête. Trois virgules rouges dansèrent devant ses yeux, mais elle les ignora, débranchant d’elle-même son moniteur. Le tracé irrégulier des battements de son cœur disparut de l’écran et le « bip, bip » incessant cessa, lui permettant de mieux se concentrer.

Avec un peu de mal, Ryuka remit ses idées en ordre.
Mais quel était donc cette sensation bizarre au fond de sa poitrine qui lui susurrait méchamment qu’elle venait de louper un tournant important dans sa vie ?

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Kirara

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MessageSujet: Re: Sur tes traces   Mer 2 Jan - 11:50

~ Chapitre III ~
Parjure


Ses mains farfouillaient des fonds de tiroirs anonymes, à la recherche de l’objet tant convoité. Quand elle sentit enfin la boîte recherchée glissant contre sa peau, rêche et dure, Ryuka s’autorisa un petit sourire satisfait. Elle racla le bois, ramenant le petit pot vers elle. Elle allait s’en saisir quand il lui fila entre les doigts et s’écrasa au sol dans un tintamarre assourdissant. Les bougies s’échappèrent, s’éparpillant en désordre sur le carrelage froid de la cuisine. Seuls des morceaux de cires déjà fondus restaient au creux de sa main. Ryuka jura.

« Merde ! Zut, je veux dire ! »

Elle sauta de son tabouret et s’abaissa immédiatement pour ramasser les petits bâtonnets multicolores. Une bougie pour chaque année passée, c’était la règle. Elle en prit trois et les fit rouler entre l’index et le majeur. Voilà près de trois ans qu’elle était revenue de cette mission ratée, avec ses deux coéquipiers à moitié-morts et cette amertume qui ne voulait pas la quitter, griffant son cœur et la faisant sombrer dans un étrange regret. Quel était ce manque qui lui broyait la gorge ?

Elle n’aurait su répondre, du moins, pas tout de suite, mais Ryuka caressait l’espoir d’un jour avoir la réponse à cette question. Pour le moment, elle voulait juste fêter son quatorzième anniversaire en paix. Elle planta les bougies dans une espèce de gâteau rose bonbon et écœurant rien qu’à le voir, fait-maison et en parfaite clandestinité, loin des reproches et des sermons de Pépé Han. Que ses traits lui rappellent trop, et de plus en plus, ceux de ses parents défunts, des fantômes si présents dans leur vie qu’elle doutait parfois qu’ils soient réellement morts, n’était pas sa faute et elle en avait assez de se sentir coupable pour cette ressemblance fortuite. Elle s’appelait Ryuka Sandayu, pas Tanaka, comme sa mère enterrée treize ans plus tôt et ne vivait que par procuration, le chakra maudit de Rokubi condamnant son avenir.

« Qui a planqué la dernière bougie ? râla-t-elle en s’apercevant qu’une bougie manquait à l’appel. »

Elle s’adressait aux murs, blancs et vides de photos depuis qu’elle avait brûlé les dernières représentants ses parents. Pépé Han n’aurait jamais eu l’idée d’y mettre quelques-unes la montrant sous son meilleur profil. Mais elle n’en avait cure.

Elle tâtonna du mieux qu’elle put dans le tiroir où elle avait trouvé cette boîte et finit par mettre la main sur l’absente. Elle la planta aux côtés des autres et recula de quelques pas pour contempler son œuvre. Le gâteau était maintenant illuminé de quatorze petites flammes vacillantes.

« Il faut que je fasse un vœu » décida Ryuka en se penchant, gonflant ses joues. Elle choisit un rêve au hasard et s’apprêtait à souffler quand la porte s’ouvrit soudainement, claquant contre le mur de plâtre et faisant trembler les fondations de leur petit appartement.

« Il ne faut pas quitter ta chambre ! exigea-t-il et Ryuka baissa la tête. »

C’était toujours comme ça ; jamais des questions, toujours des ordres, comme s’il croyait qu’à défaut d’être sa digne petite-fille, elle pourrait toujours être un gentil pantin obéissant.

Elle voulut répliquer, mais la vision d’une boîte de parchemins explosifs, posée en équilibre sur une étagère, juste au-dessus de son gâteau d’anniversaire raté… et des bougies, manquant de tomber dans le vide à chaque seconde lui coupa le souffle.

« TOUS A TERRE ! »

Et l’immeuble explosa.

oOOo

L’un de ses coéquipiers présenta les environs d’un large geste du bras, faisant tourner son corps avec, à la manière d’un présentateur trop poli pour être sincère. L’autre applaudissait des deux mains, un rictus moqueur déformant ses lèvres rendues boursouflées par un énième coup de poing.

« Ryuka, reine des conneries ! s’exclamèrent-ils d’une seule et même voix en ricanant. »

Ladite Ryuka baissa les yeux en serrant les poings ; de quoi parlaient-ils ? De l’incendie général qui enflamma plusieurs quartiers provoqué par l’explosion involontaire de son immeuble, deux jours plus tôt ? Ce n’était qu’un stupide gâteau d’anniversaire ! Il n’y avait eu d’ailleurs aucun blessé…

Pourquoi donc s’acharnaient-ils à ressasser sa bêtise ? Leurs méthodes, qui ne laissaient aucune place à la compassion et à une chance de tisser une amitié solide comme il est coutume de faire avec ses coéquipiers, lui donnaient envie de vomir. Elle en avait assez de leur méchanceté gratuite, mais n’osa pas leur faire remarquer. Ce n’était pas le moment, pas alors qu’elle venait encore de leur offrir sur un plateau une preuve de leur supériorité.

L’occasion s’était présentée plus tôt dans l’après-midi : le matin-même, ils l’avaient prévenue qu’un entrainement « spécial » aurait lieu à la lisière des sous-bois, dans la forêt, sans cesse plongée dans ce brouillard pesant à l’odeur glaçante. Elle avait accepté sans réfléchir, avant qu’ils ne précisent qu’ils devraient affronter un clone de leur professeur pour se préparer aux futurs examens chûnins. Elle avait tiqué. De quels examens parlaient-ils ? On ne l’avait pas prévenu à propos de cette option. Ils s’éloignaient alors qu’elle se rendait compte qu’ils ne tenaient pas à l’avoir dans l’équipe, dans leur équipe, une équipe de deux ninjas et pas trois. Elle avait retenu ses larmes et son amertume et effacée l’heure et lieu du rendez-vous dans sa mémoire. Elle arriverait en retard et cela lui importerait peu. Qu’ils commencent sans elle si elle était aussi inutile que ça !

Inconsciemment, ils lui avaient obéis. Elle en avait hurlé. En silence.

L’entraînement avait débuté depuis près de trois heures quand elle s’était présentée sans s’annoncer au préalable. Ce fut une bête erreur : l’un de ses soi-disant coéquipiers, affirmant la confondre avec un animal sauvage, ou pire, un des clones brumeux de leur professeur, l’avait prise pour cible. La suite était un peu confuse : le shuriken avait été trop rapide pour qu’elle puisse l’éviter. Il avait littéralement fendu sa jambe, cognant contre l’os et déchirant le muscle. Le sang avait giclé et elle s’était écroulée au sol en hurlant de douleur. Avoir mal était un concept qu’elle ne connaissait que vaguement : Rokubi soignait généralement ses blessures avant qu’elle ne se rende compte qu’elle avait été touchée. Mais la vague brûlante qui avait traversé son membre endolori l’emporta irrésistiblement et l’assomma partiellement. Elle s’évanouissait quand leur maître –ceux des garçons, mais plus le sien– arrivait sur les lieux et la transportait sur un lit improvisé de mousse pour stopper l’hémorragie et la ranimer. Maintenant que la douleur s’était quelque peu calmée, Ryuka appréhendait le monde avec méfiance. Elle ne parvenait plus à marcher…

Et Rokubi, toujours aussi capricieux, ne faisait pas mine de la soigner, comme à son habitude. Le sceau de Tête-de-Camembert était donc un sceau à rebours ? En sept ans, c’était la première fois qu’il se révélait efficace et ce n’était pas vraiment le bon moment…

« Maintenant, on doit aller chercher un médecin au village ! Râlèrent-ils encore.
— Qui m’a tirée dessus ? riposta-t-elle méchamment. »

Ils ne trouvèrent rien à répliquer et reculèrent de quelques pas en se tordant les doigts, soudain gênés. Ils savaient qu’en mission, ce genre d’excuses ne servirait à rien. On ne blesse pas ses alliés, même involontairement. Point.
Ce fut ce moment que choisit leur professeur pour revenir. Il attira à lui les deux garçons et lui tendit un amas de feuilles qu’elle reconnut comme des plantes médicinales.

« Comprime-les sur ta plaie, recommanda-t-il. Nous, nous allons chercher un médic-nin. Il est hors de question de te transporter dans cet état. Ne bouge pas, surtout. »

C’était idiot de le dire, mais Ryuka hocha tout de même la tête. Ses trois compères disparurent dans un nuage de fumée qui la fit tousser. Bien sûr, ils étaient tous partis. Personne ne souhaitait tenir compagnie à Rokubi le démon. Son apparence de jeune fille innocente et médiocre n’y changeait rien. Elle les haïssait pour ça et il ne lui vint même pas à l’idée qu’elle puisse être injuste avec eux.

Quelques minutes s’égrenèrent rapidement, sans qu’aucun incident notable ne se produise, petit miracle en soi. Elle patientait depuis un quart d’heure quand une chaleur reconnaissable entre toutes par son caractère sournois ne se diffuse dans sa jambe, au niveau de sa blessure. Rokubi s’était-il donc décidé à la guérir ? Dans ce cas-là, on pouvait carrément parler de régénération ! Elle le remercia mentalement, un peu sonnée et se releva d’un bond leste. Elle gémit quand elle s’appuya sur son muscle endolori. Elle devrait s’étirer un peu avant de retourner au village. Elle décida de prendre le temps qu’il faudrait. Après tout, personne ne l’attendait.

Elle s’arrêta brusquement de réfléchir. Personne ne l’attendait…C’était tout juste : le résumé de sa vie. Jusqu’à Pépé Han qui ne guettait qu’une occasion de la mettre à la porte sans s’attirer les regards éhontés des voisins. Les larmes lui montèrent aux yeux alors qu’elle glissait les mains dans ses poches. Son porte-monnaie claqua quand elle le toucha de sa main. Tiens, elle l’avait donc emporté ? Elle plissa le nez, avant de se rappeler que c’était Pépé Han lui-même qui l’avait chargée de faire les courses, quelques jours plus tôt, juste avant une mission. Elle avait dû oublier de le ranger…

C’est ta faute, tout ça ! hurla-t-elle mentalement en direction de ce monstre résidant au plus profond d’elle-même. Un ricanement lui serra les entrailles en réponse. Je me rappelle de mon vœu. Il ne vaut rien. Tu condamnes mes pensées et mon avenir. Le sais-tu, ça ? Rien. Elle avait sans doute touché juste. Ou alors, Rokubi ne l’avait pas entendue.

Elle se rappela l’ancien réceptacle qui l’avait précédée. Utakata. Elle en avait lu des histoires sur lui. Son nom l’obsédait. Lui avait fui cette vie misérable d’arme ultime du village. Mais lui était fort. Pas elle. Cela dit, cela ne l’avait pas empêché de mourir sous les coups d’Akatsuki. Mais il n’y a plus d’Akatsuki. Elle serait vite rattrapée par les ninjas lancés à sa recherche. Elle n’aura qu’à se cacher, se dérober. Elle avait toujours été très forte à ce jeu. Ce n’était pas un jeu.

Ryuka gémit : deux parties d’elle semblaient se disputer à propos de ce qui convenait de faire ou pas.

« J’ai toujours été une gentille fille. Mais je veux vivre. Même avec toi. Tu comprends ?
— Non. »


Le « non » la fit sursauter. Elle avait juré entendre une voix froide et cruelle lui répondre. Mais peut-être n’était-ce que son imagination…
Que devait-elle faire, alors ? Se sauver, dans tous les sens du terme, comme Utakata et vivre sa vie ou faire honneur à son village et à son nom ? La première de ces idées était séduisante, mais si folle…
Dans sa poche, ses pièces tintèrent.

oOOo

Lorsque des médecins arrivèrent un peu plus tard, accompagnés du reste de l’équipe onze, ils ne trouvèrent qu’une large tâche rouge sombre au sol et un parfum de cèdre et de lavande flottant dans l’air. Incrédules, tous se retournèrent vers le professeur de leur ancienne future patiente. Celui-ci fixait les environs en fronçant ses yeux noirs, son sens de la logique sérieusement mis à mal par la tournure étrange que prenait la situation, de plus en plus incontrôlable.

« Je ne comprends pas… Elle ne pouvait même plus marcher ! Bafouilla-t-il.
— Il faut croire que si, pourtant, puisqu’elle n’est plus là ! râla une infirmière, ébahie par la négligence de ce ninja. Il la dégoûtait.
— Il y a des ours dans cette partie de la forêt, fit remarquer l’un des jeunes enfants.
— Les animaux féroces mangeant des gosses, c’est bon pour les contes de fées, répliqua un ninja-traqueur spécialement dépêché dans cette unité-là par la Mizukage.
— Tu ne pourrais pas la localiser ? demanda d’ailleurs le chef de la petite équipe.
— Pas avec le chakra de Rokubi, dit-il après un temps d’observation. C’est étrange, il agit comme un brouilleur, comme s’il avait une volonté propre…
— Mouais, souffla son interlocuteur, pas convaincu. »

Il était trop rationnel pour ce genre d’idioties. Il ne fut pas long à trouver une alternative.

« On va fouiller le secteur sur dix kilomètres. Si d’ici-là, on ne trouve rien, on file faire un rapport à Terumi-sama. Ne laissez passer aucune piste, pigé ?! On doit la retrouver, ce n’est pas n’importe quelle gamine, non plus !
— Oui, souffla le professeur de Ryuka.
— Ah, vous, cria-t-il, vous restez avec moi ! Vous avez déjà fait suffisamment de conneries comme ça ! Laisser une enfant sans défense, surtout avec un niveau pareil, seule en forêt, c’est du grand n’importe quoi ! Il y a vingt ans, on exécutait pour moins que ça ! Que vous la considériez comme un monstre ou pas, je m’en fiche ! Le devoir d’un shinobi passe avant tous sentiments personnels ! Et les gosses, c’est pareil ! On se retrouve dans une heure ici et on communique par radio, ok ? Pas d’imprudence ! Elle s’est peut-être faite enlevée… »

Rapidement et efficacement, le petit groupe se mit en mouvement. Et resté seul avec le chef de cette unité spéciale, l’un de ses jeunes élèves se pencha à l’oreille du pauvre maître.

« Prof… Je crois qu’on a gravement gaffé sur ce coup… »

oOOo
Mei Terumi soupira, ses yeux glissants sur les différentes plaintes réunies sur son bureau en cette triste et maussade période. La situation tournait au cauchemar ! Elle avait dépêché sur les traces de Ryuka Sandayu plusieurs de ses hommes les plus performants, les mieux entraînés, auxquels elle confierait sa vie sans hésiter et ces derniers se révélaient incapable de retrouver une morveuse médiocre et encore genin d’à peine quatorze ans. Quelle honte ! Le Conseil en avait bien profité pour enfoncer le clou et la pression sur ses épaules devenait intenable… Elle allait craquer, forcément.

Tout le monde s’inquiétait de la perte de l’unique jinchûriki du village, l’arme absolue et ultime, leur dernier recours. Car s’ils s’étaient à peu près relevés des blessures causées par la quatrième grande guerre ninja, rien ne remplaçait la sensation de puissance et de force apportée par un réceptacle. Mais ce besoin malsain ne faisait que condamner encore un peu plus le concerné. La concernée, dans leur cas. Pour un peu, Mei serait soulagée du départ de l’adolescente, car c’était bien une fuite, cela ne faisait aucun doute. Aucune demande de rançon ne leur était parvenue.

Mais ce qui inquiétait le plus Mei Terumi n’était pas l’hypothèse invraisemblable d’un enlèvement, mais le danger que créait Rokubi ainsi lâché dans la nature. Le chakra du démon à six queues brouillait les dons de ses meilleurs traqueurs, même Ao avait renoncé. Rien ne semblait pouvoir arrêter le démon dans sa quête de liberté, dans lequel Ryuka semblait jouer un rôle décisif. Plus le temps passait, plus elle était loin de la jeune demoiselle et plus les chances d’une libération, même involontaire, de Rokubi s’accentuait. Les différentes nations ninjas ne leur pardonneraient jamais un tel écart. Il fallait retrouver Ryuka, et vite, avant une nouvelle catastrophe !
Que son pouvoir ne se soit pas manifesté une seule fois en sept ans n’arrangeait pas les choses.

Mei grimaça : il lui restait encore à avertir Sadako de la fuite de sa petite protégée…

oOOo

Perdue dans d’autres chemins, de nouvelles contrées et de futurs horizons, Ryuka jubilait. Combien de fois était-elle sortie du village dans la clandestinité, pour perfectionner un entrainement inefficace ? Aujourd’hui, ces sorties prenaient une toute autre importance. Jamais elle ne s’était sentie aussi libre, aussi vivante qu’à ce moment précis. Dans son dos couraient certainement des ninjas à sa poursuite, mais bizarrement, elle n’en avait cure. Seules comptait les directions à prendre.

Les premières maisons d’un petit village, à l’orée d’une frontière quelconque, l’invitèrent à faire une pause dans une des auberges des environs. Elle s’autorisa à passer la nuit dans un lit propre et prit une chambre dans un hôtel, situé dans un quartier pauvre. Son gérant la regarda bizarrement quand il la vit s’avancer avec aplomb dans le hall de son établissement mais ne posa aucune question. Ce n’était pas tous les jours qu’on voyait une enfant seule faire halte chez soi. Il vérifia juste si elle avait de quoi payer et comme c’était le cas, lui sourit en lui tendant des clés. C’était un autre avantage de sa nouvelle identité : ici, elle n’était qu’une gosse un peu étrange et attendrissante, quoique particulière qui vous regardait avec une flamme brûlante dans ses iris chocolat, pas un horrible monstre, ni même une aspirante ninja. Personne ne savait qui elle était, et elle pouvait se créer tant de facettes et de masques qu’elle en avait le vertige. Il est vrai qu’à Kiri, on ne lui faisait pas de mal, mais le mépris avec lequel on la traitait valait toutes les insultes du monde. Au moins, maintenant, elle restait murée dans sa solitude et si les gens s’éloignaient, c’était par pure indifférence.

Au restaurant, tout aussi accueillant malgré sa sobriété, elle commanda une boisson et se laissa tomber contre le dossier de sa chaise, détaillant le plafond soutenu par des poutres de bois foncé, se perdant dans la contemplation des lignes irrégulières de sa construction. Elle n’avait emporté que quelques shurikens avec elle et un peu d’argent. Il faudrait songer à travailler pour ne pas finir à la rue, mais à part le ninjutsu, qui restait catastrophique, elle n’avait pas tant de talents que ça. Peut-être livreuse ou caissière, mais qui voudrait d’une employée si jeune ? Si elle pouvait seulement identifier ce manque qui lui serrait la poitrine, peut-être aurait-elle un indice sur l’attitude à adopter, l’objectif à poursuivre…

« NOUS ALLONS RETROUVER SASUKE ! Hurla soudain une voix hystérique à la table voisine, suivi d’une série de « chuts » excédés. »

Etonnée, Ryuka se décala légèrement, de manière à apercevoir la scène, un peu incongrue, il fallait l’avouer : une jeune fille rousse à lunettes violettes tentait de repousser violemment un homme aux cheveux blancs qui lui barrait sa bouche d’une poigne sévère, l’empêchant de parler davantage. A leurs côtés se trouvait un géant roux au sourire paisible qui regardait au-dehors.

Peu à peu, les clients se détournèrent du trio et les conversations reprirent. Alors, l’homme aux… dents de requins (Ryuka déglutit difficilement en reconnaissant une des lourdes épées des sept spadassins de Kiri pendue à son dos) consentit à relâcher sa compagne… et se prit une gifle monumentale qui fit… littéralement éclater sa tête en une gerbe d’eau. Ryuka retint un cri et se tassa sur sa chaise, plus qu’intéressée par la conversation et les évènements qui allaient immanquablement suivre.

« Calme-toi, Karin, fit le colosse, pas plus surpris que ça par son ami qui se transformait peu à peu en flaques pour réapparaître un peu plus loin. Il est vrai que nous avons une carte conduisant peut-être à son repaire, mais c’est inutile d’alerter toutes les autorités du coin pour ça. Nous devons rester discrets. »

En tendant l’oreille et en parcourant la salle du regard, Ryuka s’aperçut qu’elle était la seule à les entendre. C’était tant mieux, d’un côté. Ils ne semblaient pas avoir remarqué sa présence…

« Ouais, d’ailleurs, si on la perd, c’est fichu ! Intervint le troisième larron du groupe.
— Ferme-la, Suigetsu. Je suis sûre qu’on le retrouvera ! Après toutes ces années ! Oh, Sasuke… »

Pendant que le tout dégénérait en une dispute violente, Ryuka se raccrocha violemment à sa chaise, la tête prise de vertiges soudains. Elle porta la main à son crâne et entreprit de se masser les tempes avec application. Ses yeux accrochèrent le bout d’une carte dépassant d’une cape et elle fut incapable de s’en détacher pendant qu’elle sombrait dans un rêve éveillé aux allures terrifiantes.

« Sasuke… Sasuke Uchiwa… »

Je me souviens d’une silhouette plongée dans l’ombre d’un pilier, de reflets noirs et rouges, alliage parfait d’efficacité et de beauté mortellement dangereuse. Ses pupilles dansent devant mes yeux, je les sens comme une invitation à renoncer. J’ai renoncé avant même de les croiser. Ses doigts s’activent, à la recherche d’un signe. Ce n’est pas moi qu’il convoite mais ce que je protège. Je dois l’en empêcher mais je ne m’en sens pas le courage. Je suis faible. Il est fort. Un gouffre nous sépare et il me tourne le dos, je ne distingue de lui que le mouvement à peine palpable de ses épaules. Son katana se balance sur ses hanches. Que verrais-je s’il se retourne ? Un dernier mot avant de mourir ? Une demande de pardon avant de me tuer ? Ou le sourire d’un homme qui me corrige dans mes erreurs ? Je suis une erreur. Et il est cette perfection que je recherche inconsciemment chez un ninja. Je cours derrière lui, je calque mes pas sur les siens et lui m’ordonne de l’oublier.
Je ne veux pas. Ses yeux m’y forcent. Seule demeure l’empreinte d’une phrase reniant nos droits.
« Tu as un sacré potentiel pour une morveuse… Je te prendrai pour élève. »
Et ses yeux saignent, saignent, saignent…


Elle faillit hurler quand elle revint à elle. Ses souvenirs s’étaient imposés à elle sans qu’elle ne s’en rende compte. Si précis qu’ils lui faisaient presque peur. Presque, seulement !

Je te prendrais pour élève. Pourquoi cette phrase sonnait-elle fausse s’il l’avait réellement prononcée ? Elle décida d’aller elle-même chercher des réponses à ses interrogations.

Ce manque, au niveau de son cœur, se fit moins oppressant alors qu’elle refermait ses doigts sur la fameuse carte du repaire de Sasuke Uchiwa, et avant que la réalité de sa propre folie ne fasse écho dans sa mémoire, elle s’enfuit sans demander son reste.
Derrière elle, une jeune femme rousse tentait vainement d’étriper une espèce d’hybride aquatique sous le regard morne de leur compère…

oOOo

Dans la nuit, une jeune fille court. Elle ne s’arrête qu’à de rares occasions, pour consulter les bords mouillés d’une carte incertaine. Si elle se trompe, elle fait demi-tour et repart. Si elle ne parvient plus à avancer, elle contourne les obstacles. Si elle meurt de faim maintenant, elle reviendrait hanter les lieux.

Ryuka Sandayu est en marche vers son destin.

« Merde ! Zut, saperlipopette ! J’ai oublié de payer ce pauvre aubergiste… »

oOOo
Trois jours ne lui avaient pas suffi pour atteindre ce fameux repaire perdu au creux d’une série de petites montagnes, à plusieurs kilomètres de la frontière d’Iwa. Les rochers, d’un gris des plus étonnants, formaient une chaîne impénétrable autour d’une large crevasse dont les bords serpentaient entre des pans de sables blancs. Plus bas, une large rivière aux eaux sombres se mouvaient sans cesse, ballotée et transportée sous l’effet d’une attraction quelconque. C’est en suivant son parcours que Ryuka finit par dénicher une grotte encastrée derrière une cascade ricochant contre plusieurs promontoires rocheux, le long d’une paroi écorchée, comme portant les marques d’anciens combats. L’endroit était superbe, et savoir que cet écrin renfermait l’homme qu’elle cherchait inconsciemment depuis près de trois ans suffisaient à lui ravir sa beauté pour le transformer en une arène géante où son avenir se jouerait inévitablement.

Confortablement allongée sur une plateforme, guettant le moindre geste suspect, à la recherche d’un signal l’invitant à entrer et à se déclarer, Ryuka se perdait dans ses pensées. Elle se sentait un peu ivre : cet homme pouvait la tuer d’un clin d’œil, littéralement. Et pourtant, elle n’avait cessé de le rechercher, pire, elle l’avait trouvé. Elle distinguait des vêtements et quelques affaires pendant à un fil ninja entre deux rochers particulièrement pointus. Des affaires d’hommes, de déserteur. Cela ne faisait aucun doute, désormais, Sasuke Uchiwa était bien là.
Un peu gênée par sa position, qui devenait désagréable au fur et à mesure que le temps passait, Ryuka bougea. Oh, ce ne fut pas flagrant, bien sûr. Mais sa malchance légendaire ne joua pas en sa faveur. Son pied percuta une lourde pierre, qui non seulement la fit gémir de douleur, mais qui trouva le moyen de déraper du promontoire pour percuter les parois et s’écraser au sol en entrainant plusieurs autres rochers avec lui. Au final, ce fut un mini-éboulement qui s’écrasa dans une gerbe d’eau et dont le vacarme se répercuta dans la crevasse, alertant certainement Sasuke. Ryuka se tassa contre la pierre, serrant les doigts. Elle ne devait pas bouger, elle ne devait pas bouger, elle ne devait pas…

La pointe froide d’un katana courant sur la peau dénudée de son cou la fit tressaillir. Elle ne devait surtout pas bouger !

« Tu n’es pas très discrète. » La voix froide de Sasuke résonna dans la vallée. Ryuka leva juste ses yeux pour entrapercevoir le visage de son nouveau bourreau. Peine perdue. Cette situation ne lui rappelait que trop sa première rencontre avec Tête-de-Camembert. Mais lui au moins s’annonçait. Elle n’avait même pas vu venir Sasuke. Et l’épée avec laquelle il traçait des cicatrices carmins sur sa gorge était bien réelle. Tête-de-Camembert ne l’avait jamais vraiment menacée.

Soumise ainsi au nukenin, ses mains à plat sur le sol et agenouillée, elle ne distinguait de lui que ses pieds et ses jambes, drapés dans un tissu noir. Mais elle imaginait son visage détendu par la concentration, comme un masque artificiel aux accents vengeurs. Elle rêvait de faire tomber ce masque dérangeant et voir enfin une émotion s’allumer dans ses yeux. Elle était ambitieuse, comme toujours et peu réaliste.
Mais Dieu était témoin, jamais elle n’avait ressenti un désir aussi intense. Elle ne voulait pas seulement devenir l’élève de cet homme, elle le souhaitait ardemment.

« Que fais-tu ici ? Interrogea enfin le nukenin après un temps pesant de silence. »

Il ne reconnaissait que trop bien ce flux de chakra toujours aussi fou, courant dans ses veines. Les traits de son visage avaient certes perdu les rondeurs de l’enfance trop tôt, mais elle restait ce modèle d’innocence et de médiocrité qui l’exaspérait tant. Tant de possibilités et si peu d’opportunités… Il se baffa mentalement. Aucune faiblesse. Aucune pitié. C’était la règle.
En voyant l’expression indéchiffrable de celui qu’elle considérait déjà comme son maître, le seul depuis des années, non, le premier qu’elle aurait vraiment, Ryuka blêmit. Comment pouvait-il être aussi calme ? Elle savait que sa réponse déciderait de son choix. Soit il l’épargnait, soit elle mourrait.

« Vous… » Elle serra les poings et se força à respirer calmement, virant ses yeux terriblement banals dans ceux d’un noir insondable de Sasuke. Bientôt, sa nervosité se transforma en une détermination effrayante. Elle savait ce qu’elle avait à faire. « Vous n’aviez pas promis de me prendre pour élève, il y a trois ans, par hasard ? » Sa voix dérailla dans les aigus à la fin de sa phrase, mais elle était plutôt contente d’elle.

Sous les paupières de Sasuke s’inscrivit une vraie surprise, la première depuis trop longtemps. Il écarquilla les yeux en relevant la pointe de son katana et échangea un regard étonné avec la morveuse qui lui tenait tête. Il était déstabilisé, et c’était mauvais. Très mauvais. Trop mauvais. Et quelque chose lui disait qu’il ne s’en sortirait pas par une pirouette habile…
Et merde ! Dans quoi me suis-je encore fourré ?



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Kirara

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MessageSujet: Re: Sur tes traces   Mer 23 Jan - 21:28
~ Chapitre IV ~
Disciple – 1

Tournoyant sur lui-même à la manière d’une toupie insolite et mortelle, son shuriken fusa en ligne droite, sifflant comme un de ces cobras que charmait son maître durant ses temps libres. La cible n’était plus qu’à trois mètres encore trop long pour que Ryuka puisse affirmer avec précision que son coup réussirait ou pas.

Dans ses souvenirs, l’arme, patinée par la sueur et les exercices, aurait brusquement déviée de son parcours initial pour s’écraser au sol…ou se planter avec férocité dans la chair d’un intrus.

Aussi, elle retint à peine un sourire fier teintée d’une arrogance sans doute héritée de son nouveau professeur, depuis maintenant deux mois, quand elle vit qu’à peine trois centimètres séparaient le bout de la lame du centre de sa cible, tracée à l’encre rouge sur la roche grise.

Ryuka se retourna vers Sasuke, son attitude toujours autant décidée. Des coupures bénignes faites à l’instant se refermaient déjà, de la sueur coulait de chacune des pores de sa peau, noyant ses vêtements, un pantacourt noir et un sweat-shirt d’un bleu sombre en parfait accord avec les eaux capricieuses de la rivière qui s’étendait plus bas, ouvert sur un simple haut qu’elle avait aussitôt classée « filet de pêche » la première fois qu’elle l’avait enfilé.

Sasuke-sensei n’avait pas franchement apprécié qu’elle ramène le dîner, deux magnifiques soles pêchées le soir-même, avec son propre T-shirt. A ce souvenir, elle ricana. Des anecdotes pareilles, elle en avait encore tant et tant qu’elle ne saurait pas s’arrêter si elle les déballait tout de suite.

Plus tard, peut-être.
Ses doigts se saisirent presque instinctivement d’une gourde trainant par là et laissée en plan lors d’un dernier exercice. Elle en but une gorgée, épuisée. Sasuke-sensei était un fanatique des horaires farfelus et un simple mot de trop le faisait éclater dans une de ses « crises pédagogiques ».

Dans ces cas-là, il…Non, c’était vraiment trop horrible pour qu’elle puisse le raconter.
Ryuka abandonna sa bouteille à terre et se retourna vers son maître, prête à en découdre et à plaider sa cause. Ce n’était pas trois centimètres qui allaient gâcher son après-midi, elle se le jurait. Pourtant, quand elle le découvrit observant un vol d’oiseaux filant vers le sud, son bouquin dont le titre était si rayé qu’elle n’arrivait pas à le déchiffrer abandonné au sol, et le regard perdu dans l’horizon, elle se sentit…trahie. Ne l’avait-il donc pas regardée une seule fois ?!

Ses poings se serrèrent, et toute possibilité d’une éventuelle pause inespérée s’évanouit en même temps qu’une tonnes de pensées belliqueuses faisaient son chemin jusqu’à son esprit. En général, quand il se désintéressait d’elle ainsi, c’était qu’elle n’avait pas « assuré », comme elle le résumait si bien. Elle avait le chic pour raccourcir ses explications trop scientifiques pour elle.

« Sasuke-sensei ! hurla-t-elle, indignée.
— Je sais, Ryuka, soupira Sasuke, la prenant au dépourvu (elle n’avait pas posé de questions !) Ce n’était pas mal, mais… »

Le sourire qui commençait à s’étaler sur son visage trempé par les éclaboussures et l’effort disparut.

« Tu vois cette distance, là ? dit-il en désignant les trente millimètres séparant une des pointes de son étoile d’acier et le centre de sa cible. C’est encore trop. Recommence. »

« Recommencer » était le verbe préféré de Sasuke-sensei…
En revanche, « bravo » ou « mes félicitations » étaient des mots dont il ne semblait pas connaître l’existence, au sens le plus pur du terme.

Et au final, l’avait-il vue ou pas ? Sans doute que oui, pour s’être aperçu aussi rapidement de sa petite erreur. Mais rien ne pourrait le prouver. Oh, que c’était rageant !

Pourtant, elle obéit. Comme toujours. C’était le prix à payer pour pouvoir rester sous sa tutelle. Car si Sasuke-sensei ne se montrait pas assez satisfait de ses progrès, d’un simple clin d’œil, il pouvait la tuer. Et ça, tout comme perdre cette fantastique chance d’étudier à ses côtés, c’était inacceptable. Et puis, si elle était renvoyée chez elle, elle n’y survivrait pas, trop écrasée par la honte et le désespoir. Donc, l’équation avait beau être différente, le résultat restait le même.

Se retournant, Ryuka ne vit pas le demi-sourire de Sasuke.

Cette gamine était intéressante, vraiment. Même si les premiers temps avaient été difficiles : entre lui qui ne voulait pas d’une enfant collée à ses basques, ce que malheureusement, la jeune fille ne semblait pas comprendre et elle qui refusait obstinément d’utiliser son fameux chakra maudit, il avait menacé plus d’une fois d’éclater et de la tuer tout simplement. Il s’y était refusé.

Et puis, Ryuka avait rendu les armes, la première fois dans sa courte vie. Elle avait enlevé son T-shirt, composait un signe au hasard et le tatouage retenant Rokubi en elle s’était dévoilé. Elle avait frémit en le sentant suivre le tracé d’encre de ses doigts. Sasuke, lui, se retenait de le briser. Jamais, malgré ses piètres compétences en fuinjutsu, il n’avait vu un sceau aussi… approximatif ! Pas étonnant qu’il laisse filtrer le chakra de Rokubi. Si ça se trouvait, Ryuka n’avait même pas de réel chakra, à l’instar de Rock Lee et se servait uniquement de celui de son démon, sans s’en rendre compte.
En comparaison, celui de Naruto Uzumaki, usé par le temps et ses échecs, pouvait être facilement comparé à une œuvre d’art terrifiante de réalisme et offrant une protection éternelle.

Ryuka n’ayant pas cette chance, il fallut lui apprendre à maitriser ce chakra fou furieux. Ce fut compliqué, mais rassurée par sa présence, elle finit par y arriver. Il lui assura qu’elle ne risquait rien.

C’était un mensonge, évidemment, mais étant là pour veiller au grain, ce n’était plus qu’un demi-mensonge. Logique, non ?

Mais le plus désarmant n’était sans doute pas le fait qu’elle était un réceptacle. A quatorze ans, et sans réelle expérience, elle appréhendait le monde qui l’entourait avec une lucidité des plus étonnantes et faisait de la dure réalité des ninjas, faite de meurtres et de sang coulant à flots, son propre nindo, sans savoir encore toutefois quel serait son objectif, dans les années à venir. Il l’admirait pour cet optimisme, en secret, bien évidemment.
Avec une arme au tempérament pareil à ses côtés, se venger de Konoha ne serait qu’une formalité…

Et puis, il y avait cette fatalité collant à sa peau, cette facette dérangeante de son caractère qu’elle appelait la « malchance légendaire de Ryuka Sandayu ». Lui préférait la nommer « paradoxe Ryuka ».

Elle n’avait pas compris pourquoi, mais il ne s’inquiétait pas. Elle avait toute la vie pour ça.
Ryuka lançait avec hargne une nouvelle série de shurikens à travers l’espace qu’offrait le promontoire choisi pour cet exercice, qu’il se remémorait leur première véritable rencontre…

La jeune fille avait dû le pousser dans ses derniers retranchements pour se faire accepter de lui…

oOOo
Pause. Rembobinage…
Deux mois plus tôt.
Lecture !

« Vous… »

Elle serra les poings et se força à respirer calmement, virant ses yeux terriblement banals dans ceux d’un noir insondable de Sasuke. Bientôt, sa nervosité se transforma en une détermination effrayante. Elle savait ce qu’elle avait à faire. « Vous n’aviez pas promis de me prendre pour élève, il y a trois ans, par hasard ? » Sa voix dérailla dans les aigus à la fin de sa phrase, mais elle était plutôt contente d’elle.
Sous les paupières de Sasuke s’inscrivit une vraie surprise, la première depuis trop longtemps. Il écarquilla les yeux en relevant la pointe de son katana et échangea un regard étonné avec la morveuse qui lui tenait tête. Il était déstabilisé, et c’était mauvais. Très mauvais. Trop mauvais. Et quelque chose lui disait qu’il ne s’en sortirait pas par une pirouette habile…

Et merde ! Dans quoi me suis-je encore fourré ?

Il n’avait rien promis du tout à cette gamine ! Mais le sharingan avait dû lui embrouiller l’esprit…

Il rengaina son katana et recula de quelques pas, permettant sans le vouloir à Ryuka de se relever. Ses cheveux volèrent alors qu’elle titubait, sa main se tâchant de sang alors qu’elle vérifiait les dégâts laissés par son épée. Mais son regard était toujours aussi brûlant, aussi sauvage…

Dans sa tête se frayait peu à peu une certitude inébranlable. Il s’était passé exactement la même chose le jour où il s’était décidé à tuer Itachi, puis à raser Konoha. Il devait tuer cette morveuse ! Ses sharingans s’activèrent d’eux-mêmes. Oui, d’abord, il la trancherait en deux, puis se gorgerait de ses hurlements de douleurs. Enfin, alors qu’elle serait à sa merci, il effacerait la mémoire à son cadavre, afin que jamais son esprit ne revienne hanter ses nuits sans rêve ni cauchemar. Mais ce n’était que pure superstition…
Elle mourrait debout, c’était sa dernière offre.

Se méprenant sur son mutisme et l’air concentré qu’il arborait, Ryuka voulut prendre la parole. Les mains froides serrant sa gorge l’en empêchèrent. Deux secondes passèrent, pendant lesquelles Sasuke la repoussa en arrière, raffermissant sans cesse sa prise. Elle suffoqua en sentant le vide derrière elle et battit des jambes. Malheureusement, Sasuke la tenait presque en l’air, et elle ne sentait plus vraiment le sol sous ses pieds…

Par un réflexe déraisonné, elle crocheta ses doigts sur le tissu des vêtements du déserteur, plantant ses ongles dans sa chair et vira ses yeux furieux dans ceux, insondables, du déserteur.

Ainsi, elle allait mourir comme ça, sans testament ni dernière parole ? C’était injuste ! Pas après s’être découvert ce courage insoupçonné qui l’avait fait fuir son village ! Pas après tout le parcours qu’elle avait dû affronter pour venir jusqu’ici ! Pas après toutes ces découvertes…

Pas avant être devenue aussi forte que lui !

« Si je tombe, vous tombez aussi ! le prévint-elle en faisant mine de l’entrainer avec elle dans sa chute.
— Que… »

Ryuka arrêta son dangereux balancement avant qu’ils ne sombrent tous les deux. Les deux ninjas –aspirante pour l’une– s’affrontèrent du regard en silence, cherchant à faire passer dans cet échange toutes les insultes du monde qu’ils n’auraient pas pu se dire au préalable.
Puis, Sasuke renonça. Il l’attira à lui. Ryuka eut un sourire victorieux…
… qui disparut quand son corps décrivit un superbe vol plané qui lui fit faire un arc de cercle à travers le promontoire et l’écraser contre la paroi voisine dans un horrible craquement d’os. Du sang envahit sa bouche d’un goût amer et métallique, ses vertèbres se brisèrent sous le choc.

Mais Rokubi agissait déjà, et c’est seulement sonnée qu’elle glissa au sol, un peu dans les vapes.

Sasuke s’étonna à peine de cette découverte qui lui confirma seulement ce qu’il savait déjà.

Quel gâchis de devoir tuer un réceptacle ! Ces monstres de chakra pouvaient s’avérer bien utiles…

Seuls six mètres les séparaient encore. Six mètres de trop ! Sasuke tira de son fourreau Kusanagi, qui chuinta en quittant la sécurité de son abri. Qui chanta, crut entendre Ryuka. Mais c’était idiot. Une épée ne chante pas. Des faisceaux électriques se mirent à courir le long de la lame. Le cri caractéristique de milles oiseaux retentit alors dans la ravine, résonnant en des centaines d’échos le long des crevasses, dramatique et annonciateur de mort.

Le regard émerveillé que Ryuka porta sur son arme électrifiée la fit tourner de l’œil.

«Katana des mille oiseaux - Chidori katana»

Sasuke se mit à courir, couvrant rapidement la distance qui les tenait à l’écart l’un de l’autre, son sabre en avant. Si Ryuka vit le danger, alors, elle ne réagit pas.
Pour Rokubi, en revanche, ce fut une autre paire de manches : un chakra maudit, d’un rouge aussi écarlate que ses sharingans, emmitoufla la jeune fille dans un manteau aux allures meurtrières. Ses pupilles, s’activant à une vitesse folle, lui firent sentir le danger.

Il accéléra pourtant. Ce fut sa plus grande erreur, celle qui lui coûta la victoire. Il ne sut si c’était une réaction en chaîne au chakra de Rokubi, qui entra en résonnance avec ses propres forces, mais la blessure lacérant sa jambe gauche se rouvrit d’elle-même. Le sang gicla brusquement, tâchant son pantalon d’un rouge carmin peu rassurant… Il hurla de douleur, ralentit juste un peu et y porta la main en ahanant, stoppé net par ce déferlement.
Et au milieu de ce flot de sensations…

« Il ne faut pas que le sceau se rompe ! »

Mais Sasuke était un homme têtu, il força.

Une nouvelle vague brûlante l’empêcha de continuer plus longtemps ce petit jeu. Il jeta un regard désespéré au demi-mètre à la fin duquel se tenait Ryuka, observant la scène avec détachement comme si ce n’était pas elle qui se trouvait là, mais quelqu’un d’autre… quelqu’un d’autre d’extrêmement sournois, guettant l’occasion de frapper.

Tout au fond de cette double-personnalité, Ryuka n’hésita pas une seule seconde, face à cette subite faiblesse dont elle ne chercha pas à comprendre les raisons. L’ouverture que lui laissait de cette façon Sasuke était trop inespérée pour être vrai ! Il ne fallait pas laisser passer sa chance…

Son poing se mit en mouvement sans qu’elle ne s’en aperçoive vraiment.

PAAAF !

Le coup fut si violent que Sasuke partit en arrière, portant instinctivement la main à son nez en sang et à ses dents démolies, tandis que l’autre glissait sous le bas de son pantalon, activant un sceau complexe qui s’illumina brièvement avant de resserrer la pression autour de son muscle. Il gémit en sentant les griffes de l’assemblage écorcher un peu plus ses vieilles cicatrices, mais Ryuka, trop intéressée par les dommages qu’elle lui avait elle-même infligée, ne le remarqua pas.

C’était sans doute mieux comme ça.

« Sale morveuse, articula-t-il en avalant un peu de sang au passage. »

Elle ne l’avait pas loupé, cette gamine ! Et son envie de la tuer s’était dissipée en même temps que cette superbe droite l’atteignait. Pouvait-on parler de techniques thérapeutiques secrètes ?
Naruto devait sûrement être un beau spécimen de ce nouveau médicament, alors.

« Alors, alors ? Vous acceptez de me prendre pour élève ? Hein, hein ? Je croyais que j’avais du potentiel ! Répondez, Sasuke-sensei ! »

Il tiqua devant l’appellation : Sasuke-sensei ?! Ce n’était pas tant le traditionnel suffixe qui l’étonnait, mais cette façon particulière qu’elle avait de le prononcer, mêlant les deux mots de façon à ce qu’il n’en forme plus qu’un. Avec elle, les « s » s’enchainaient avec douceur alors que les autres syllabes claquaient sur sa langue, et son ton écorché laissait penser que tout ça n’était qu’une vague moquerie… Les notes saccadées de sa respiration, trahissant sa peur et son excitation, le timbre joyeux de sa voix…
Et au milieu de cette partition enfantine, réglée mécaniquement comme sur du papier à musique qu’on relit sans fin, son nom, prononcé avec une dévotion tenant de la vénération et cet arrière-goût mauvais, comme un éclat amer et adulte…

« Sasuke-sensei ! répéta Ryuka, le début d’une longue série de rappels à l’ordre. »

Sasuke se passa une main sur le visage, épongeant du sang au passage, tentant de remettre de l’ordre dans ce tumulte d’idées chaotiques qui agitaient son crâne en ce moment-même. Parmi toutes ces pensées parasites, une seule question demeurait suffisamment importante pour qu’elle éclipse tout le reste et tambourine sous sa tête comme une sempiternelle litanie.

Que faire de la mioche ? Pardon, de Ryuka Sandayu, puisque c’était son nom…
Il était tout simplement hors de question de la prendre pour élève, comme elle l’exigeait. Ce n’était pas ce caprice de gamine qui allait le faire flancher, tout de même ! N’est-ce pas ?

Non.
Oui.
Non, vous dis-je !

Oui ?
Ce qu’il faudrait, songea Sasuke, c'est que ce soit elle qui fasse l’erreur fatale qui lui renverrait ses insolences en pleine figure, le pas de trop qui la tirerait dans la boue, afin qu’elle n’ait rien à lui reprocher et n’en veuille qu’à elle. C’était un procédé cruel, mais qui lui ferait moins de mal que s’il la repoussait franchement. Pas parce qu’il se souciait d’elle et de sa santé, non, loin de là, croyait-il, mais parce que Ryuka semblait être de ce genre de personnes très rancunières prêtes à tout pour faire payer une promesse brisée…
Deux de ses doigts effleurèrent sa joue où s’étalait désormais un superbe hématome multicolore.

Il ne réfléchit pas plus longtemps : son défi était trouvé d’avance !

«Technique de la boule de feu suprême ! Gōkakyū no jutsu»

Des flammes jaillirent d’entre ses lèvres, léchant ses doigts portés à sa bouche pour former un signe quelconque et éclaira la ravine d’une nouvelle lumière, faite d’étincelles mortellement acérées et d’une férocité à toute épreuve. Des lianes ardentes léchèrent les parois, coulèrent le long des crevasses jusqu’aux eaux sombres et capricieuses qui se teintaient d’ocre et d’orange. Des reflets fous furieux y dansèrent quelques instants… L’impact fut violent, mais le feu, loin de s’en désagréger, remonta et une espèce d’explosion sauvage et parfaitement incontrôlable au commun des mortels.

Mais Sasuke n’était pas n’importe qui ; plutôt que de s’engouffrer jusqu’à eux, les flammes disparurent juste avant de les frôler, se contentant d’apporter au promontoire une sensation de chaleur presque rassurante que Ryuka apprécia à sa juste valeur, plus encore que le spectacle que son futur professeur venait de lui offrir avec cette technique.
Sasuke Uchiwa n’était pas seulement un spécialiste des jutsus katon : il les réinventait littéralement, puisant dans leurs racines pour leur ajouter une nouvelle splendeur, une nouvelle force.

Ses ancêtres devaient s’en retourner dans leurs tombes.

C’était donc ça, un génie ?

Comme son père le fit avant lui, Sasuke se retourna vers Ryuka, guettant sa réaction. Ne la voyant pas réagir, trop éblouie, il lui tapota l’épaule, la faisant sortir de son ébahissement. Ryuka sursauta, accrocha le regard devenu incandescent de Sasuke et recula de quelques pas, simple réflexe. Elle souffla en reconnaissant le sharingan brillant dans ses pupilles…

« Serpent, chèvre, singe, cochon, cheval et tigre. Ce sont les signes permettant la réalisation de cette technique, lui dit-il. Ensuite, tu devras concentrer ton chakra entre la poitrine et la cavité buccale et le relâcher brutalement. »

Sasuke marqua une pause, l’observant minutieusement, comme pour rechercher une faille dans cette armure qu’elle s’était construite autour de l’âme et du cœur. C’était étrange, cette sensation qu’il avait de percer à jours ses maigres défenses…

« Tu as trois jours, asséna-t-il enfin, pour apprendre et maitriser cette technique ! Si tu échoues, tu devras me laisser effacer ta mémoire et repartir en me laissant la carte qui t’as permise de venir jusqu’ici. Mais si tu réussis, c’est d’accord…
— D’accord, quoi ?! Insista Ryuka, pas dupe. »

La guerre était enclenchée ! Il soupira…

« D’accord, je t’accepterai comme élève.
— D’accord ! approuva la jeune fille. »

Sasuke n’eut pas le temps de la conseiller davantage, Ryuka se postait déjà face au vide, composant ses mudras, les modelant à son propre tempo et le singeant d’une drôle de manière…

Elle ne réussirait pas, cela ne faisait aucun doute. Et il se sentait à peine coupable de lui imposer cette épreuve ; après tout, pour maitriser cette technique, il fallait contrôler au moins une once de chakra, ce que visiblement, Ryuka peinait à faire, et le changer ensuite en katon, chose innée chez lui. Mais cette gamine n’avait certainement pas cette affinité et était trop mauvaise pour le transformer, quel que soit l’élément choisi. Puis, comment pourrait-elle forcer les codes génétiques ?

Seuls les Uchiwa pouvaient se vanter de venir au bout de ce jutsu-là…

Sasuke ricana. Lui, professeur ?! Et pourquoi pas danseur de claquettes pendant qu’on y était ?!

oOOo

Pendant ce temps, beaucoup plus à l’est, trois hurluberlus en costumes violets, sans aucun bandeaux frontaux, ni présents, ni rayés, accrochés à leurs maigres affaires démodés, s’escrimaient autour d’un feu de camp qui aurait presque pu être sympathique sans la main qui y flambait…

Assis sur un rondin de bois clair, Suigetsu, sirotant son éternel soda d’un air nonchalant, observait à la dérobée sa coéquipière malgré-elle, une de ces jeunes harpies dégénérées qu’il haïssait tant. Karin, aux mèches folles aussi rouges que ses joues échauffées par la colère et l’effort, dessinait un de ces trajets hypothétiques dont elle avait le secret sur le sol de terre fraîche.
Son bâton traçait, effaçait et recommençait son manège dans l’espoir qu’un éclair d’illumination ne leur montre le chemin à suivre qui mettrait fin à leurs multiples égarements dans cet arrière-pays que la plus ridicule des nations ninjas avait dû oublier de coloniser, après la quatrième grande guerre…

« Karin, finit-il par demander, n’y tenant plus et agacé par les mouvements désordonnés de sa partenaire, es-tu sûre qu’il faut bien continuer par-là ? Parce que, comme ton sens de l’orientation laisse sérieusement à désirer et qu’on a perdu la carte, je pense que…
— Tu penses mal, Suigetsu ! Coupa vivement la jeune fille en époussetant ses genoux nus et écorchés. J’en suis plus que sûûûre ! »

Elle parut hésiter un instant, puis se tourna vers Jûgo, le troisième larron de leur improbable groupe. Un petit oiseau doré au chant puéril sur ses larges épaules, ce colosse aux cheveux roux en bataille se tenait courbé au-dessus d’une vieille marmite toute cabossée où mijotait une espèce de soupe à la couleur douteuse dont le fumet emplissait la clairière où ils avaient trouvés refuge d’une odeur qui leur rappelait vaguement la maison…

Mais quelle maison ? Les laboratoires d’Orochimaru, leurs errances communes avec Sasuke, quand il était encore là, ou un nouvel horizon encore à découvrir… ?

« Jûgo, le repas arrive ? demanda-t-elle en guise de distraction à ses pensées moroses.
— Il arrive, répondit la voix morne de Jûgo.
— Ahaha ! S’esclaffa Suigetsu, on dirait une parfaite petite maîtresse de maison ! Quel dommage que ce ne soit pas le style de Sasuke-chéri, n’est-ce pas, Karin ?
— JE VAIS TE TUER !!! »

Alors que dans son dos résonnait les bruits d’une nouvelle bagarre de ses deux amis, Jûgo se crispa soudainement, son kunaï lui servant de louche échappant à sa poigne sévère et tombant dans le récipient. Sa marque maudite, lovée au creux de sa nuque, se mit à bourdonner… Des chaînes difformes glissèrent le long de son cou, coulèrent sur son torse…

Pris d’une inspiration soudaine dictée par une poussé déraisonnée de haine, Jûgo se saisit à la gorge de l’oiseau gazouillant à son oreille. L’animal fit « couic » alors qu’il le jetait dans sa marmite, entre deux morceaux d’asperges et de poireaux…

Puis la marque se rétracta comme si elle n’avait jamais existé. Jûgo s’étonna un instant de l’absence de son petit compagnon, sans savoir que son cadavre baignait désormais dans sa sauce, puis haussa les épaules et retourna à sa besogne. Derrière lui, Karin sautait à pieds joints dans la flaque qu’était devenue Suigetsu, lequel hurlait à cette furie d’arrêter de le piétiner ainsi…

Plus tard, à l’heure de ce fameux dîner, Suigetsu alla repêcher une plume jaune flottant entre quelques tomates…

« Il a un drôle de goût, ton ragoût, bougonna Karin en léchant sa cuillère, cherchant à analyser ce petit quelque chose d’un peu dégoutant entre l’arôme délicate des divers légumes.
- Ah bon, tu trouves ? dit simplement Jûgo en lui envoyant un regard niais. »

oOOo

Aujourd’hui serait encore une journée bien morne à méditer sur ses vengeances futures.
Telles étaient les pensées moroses de Sasuke Uchiwa en ce début de journée ensoleillée. Ses yeux levés au ciel détaillaient avec hypocrisie les cordes de nuages, d’un cotonneux dans lequel n’importe quel homme aurait aimé se réfugier, noyés dans ce bleu torride, qui lui en rappelait un autre.

La lumière l’aveuglait, tuant ses plus précieuses armes d’un seul coup éblouissant, en traître.

« Mais où est donc passée cette espèce d’imbécile heureuse ? » pensa-t-il en avisant le promontoire rocheux, où Ryuka brillait par son absence. Les seuls indices de sa présence restaient son blouson, abandonné au sol.

Serait-elle déjà repartie ? L’idée le fit sourire, bien qu’il n’ait pas le cœur à ça. Dire qu’il avait cru qu’elle serait un peu plus…

« Hey ! s’écria la voix rauque de l’enfant, derrière lui, le prenant par surprise. »

… tenace. Enfin, c’était sans importance, maintenant.

« Sasuke-sensei, insista Ryuka, une nouvelle fois. »

Il hésita à sortir de son mutisme, embêter la jeune fille était un passe-temps auquel il n’aurait jamais imaginé s’adonner avec autant de ferveur et d’amusement. Mais en entendant de nouveau son nom prononcé de cette façon, il frémit. Que signifiait son sourire psychopathe –juste un peu– ?

« Pourquoi m’appelles-tu Sasuke-sensei ? demanda-t-il, dans un éclair de compréhension subite. »

Il venait de comprendre enfin toutes les possibilités que pouvait offrir ce simple suffixe. Et cela l’effrayait, lui donnait le vertige. Ryuka comprit son malaise, pas stupide pour deux sous et décida d’en profiter. Dans un coin de son cerveau, elle prépara avec une méticulosité affirmée les détails de la scène, orchestrée jusqu’à l’ultime réplique. Et elle donna l’assaut.

Frappa. Le prit par derrière.

« A votre avis ?
— Oh, non, ne me dis pas que… »

Pour toute réponse, un jet de feu mortel illumina la ravine.

oOOo
Pause.
Retour au présent.
A la seconde près.

Sa dernière cible se fendit net sous son coup rageur. Ryuka vit des graviers éclater dans l’air, percutant les roches les entourant avec violence. Elle recula d’un pas, évitant la collision avec une de ces nuées pointues et protégea son visage de son bras droit. Elle sentit comme une piqure d’insecte à cet endroit, mais ne s’en formalisa pas. La plaie se refermait déjà, de toute façon.

Derrière elle, Sasuke n’avait pas bougé d’un pouce et semblait l’observer derrière ses mèches corbeaux d’un œil… appréciateur ? C’était tellement inédit qu’elle en rit.
Cruelle erreur, lui rappelèrent les yeux accusateurs de son maître. Elle baissa la tête, vaguement honteuse, mais en colère. Pourquoi n’aurait-elle pas le droit de s’en féliciter ?

Elle tressaillit lorsqu’elle se sentit inspectée par les prunelles brûlantes du ninja déserteur, mais se refusa de baisser la tête et de flancher. Son honneur en dépendait, et elle savait que son sensei ne guettait que l’occasion de lui faire un reproche. Ryuka grimaça. Elle ne lui donnerait pas ce plaisir !

Après tout, ne s’était-elle pas tirée de l’exercice avec un certain brio ?

« C’est encore plus nul que ce que je pensais. Recommence. »

Le verdict sonna comme une condamnation, à ses oreilles. Avait-elle bien entendu ?
N’en faisait-il pas trop, aussi ? Elle avait couru quand il lui avait dit de courir, sauté quand il lui avait de sauter, attaqué quand il le lui avait ordonné, riposté, esquivé, nagé et même mis sa propre vie en danger pour ses beaux yeux et ses caprices d’enfant gâté. Elle le haïssait, parfois !

Dans un geste totalement irréfléchi, elle tira un kunaï de sa sacoche et se rua vers lui en hurlant. A peine un mètre, évalua-t-elle en étudiant la distance qui les séparait. Aucune chance qu’il puisse esquiver ce mouvement qu’elle avait révisé près de cent fois ! Totalement infaillible !

Les deux doigts posés sur son front, la stoppant en pleine course et faisant valdinguer son arme au sol, la glacèrent plus sûrement que les pluies les plus froides de Kiri et les insultes à peine voilées de ses anciens compagnons. Un ange passa…

« Désolé, Ryuka, ce sera pour la prochaine fois ! assura Sasuke-sensei, moqueur. »

En reconnaissant cette étincelle guerrière dans sa voix, elle sursauta et banda ses muscles au maximum, prête à encaisser n’importe quel choc… Une pichenette suffit pour l’envoyer à l’autre bout du terrain d’entrainement.

Elle voulut se relever, la poigne sévère de Sasuke-sensei le fit à sa place. Elle se retrouva chancelante devant lui, et il l’obligea à relever la tête d’un index expert.
Aucun mot ne fut dit, mais l’expression indéchiffrable qui flambait dans ses yeux parlait pour deux.

Ryuka serra les dents, et partit rechercher ses shurikens en trainant les pieds.
Sasuke sourit. L’avertissement était passé. Et plus le temps filait, plus ses progrès se montraient flagrants, plus il se le répétait en boucle….

Décidemment, cette gamine était vraiment très intéressante.
Orochimaru avait-il pensé la même chose en le rencontrant ?

oOOo

Le firmament se drapait déjà d’un manteau obscur d’où s’échappaient plusieurs points de lumière blanche. Des étoiles, reconnut Sasuke, grisé par le calme de la nuit. Il rejeta la tête en arrière, soudain plus serein et respira profondément.

Dans son dos, Ryuka continuait ses exercices dans un vacarme de tous les diables, comme une effraction à cette étrange réalité qu’il essayait d’instaurer, sans succès. Il soupira en entendant un juron peu gracieux, qui sonnait encore plus faux dans la bouche de l’enfant.

« Arrête-toi, finit-il par ordonner. On rentre.
— Vous devenez enfin raisonnable, Sasuke-sensei, articula difficilement Ryuka, à genoux, essoufflée. »

Elle était à bout de force ! Elle dut littéralement se trainer à terre, à sa suite, pour regagner la grotte qui leur servait de principal repaire. Elle frissonna en passant l’entrée, derrière Sasuke-sensei qui continuait d’avancer sans l’attendre. Les grottes lui rappelaient sans savoir vraiment pourquoi ses rares entrevues avec Tête-de-Camembert…
Mais bon sang, elle ne parvenait pas à l’expliquer ! C’était comme une sensation diffuse, évanouie depuis trop longtemps dans la nature pour qu’elle puisse l’y rattraper… C’était frustrant.

« Tu ne crois quand même pas que l’entrainement est terminé ?
— Hein ?! Mais, Sasuke-sensei, ça fait plus de douze heures que je me tape tous vos exercices foireux à la suite ! Je suis crevée, moi ! »

Ryuka sourit devant son regard accusateur.

Elle se servit néanmoins de la voix faussement scandalisée de Sasuke-sensei comme exutoire et abandonna rapidement ses couvertures, pourtant chaudes et accueillantes, pour le rejoindre. Quoi qu’elle en dise, elle adorait qu’il fasse preuve d’un peu d’attention envers elle. Même si parfois, les conditions se révélaient si intenses qu’elle ne parvenait pas à tenir le rythme endiablé…

C’était un de ces défis qu’il lui lançait comme ça, l’air de rien et qu’elle relevait bien évidemment, quitte à s’en prendre plein la gueule au passage.
Pardon, la figure. Comme dirait Sasuke-sensei.

Celui-ci vira ses orbes cendrés dans les siens, de la couleur des écorces de la forêt sacrée de Konoha. Iris contre iris. Un combat qu’il remportait d’avance. Mais le noir insondable de son regard céda la place à un rouge carmin qui l’effraya… Que voulait-il faire avec ses sharingans ?!

« Je vais t’apprendre...commença-t-il. »

Elle n’aimait pas ça.

Sasuke activa le niveau supérieur de ses pupilles maudites.
Mais alors, pas du tout !

« … à résister au genjutsu ! » Acheva Sasuke-sensei en envoyant une déferlante de chakra déclencher le pouvoir hypnotique de ses yeux.

Ryuka n’y résista pas une fraction de secondes. Elle s’écrasa à terre, évanouie et l’esprit perdu entre deux cauchemars aux allures terriblement réels…

« Tsss… Minable ! On recommence. »

oOOo

Ses ongles se plantèrent avec violence dans la roche, s’écorchant les doigts qui ruisselèrent de sang avant que l’écoulement ne soit stoppé par Rokubi, toujours attentif. Ryuka se prit la tête entre les mains, effrayée par ce déferlement d’émotions négatives et se força à reprendre le contrôle. C’était le but de l’exercice, après tout ! Mais elle eut beau se concentrer encore et encore, elle ne parvenait pas à repousser cette intrusion aux limites de sa conscience… Enfin, la sensation reflua.

Ryuka soupira, soulagée, mais se reprit, honteuse. Ce n’était pas elle qui avait triomphé de l’influence hypnotique du sharingan, mais Sasuke-sensei qui avait cessé de son plein gré l’entrainement. C’était un peu vexant, même si elle savait qu’elle n’aurait pas tenu une minute de plus. C’était bien trop… intense.

« J’ai été déconcentrée, c’est pas ma faute ! Cracha-t-elle en guise d’explications.
— Je ne t’ai rien demandé…
— Oh. C’est rare que vous n’ayez rien à me dire !
— … mais je n’en pense pas moins. On re…
— …commence, ouais, je sais. »

Cela devait faire bien deux semaines que Sasuke-sensei l’entrainait chaque soir et parfois, par surprise, dans la journée. Au détour d’un lancer de shurikens, d’un enchainement de taijutsu et de l’apprentissage d’une nouvelle technique particulièrement complexe, il activait le sharingan et la prenait dans ses filets…

Chacune de ses illusions étaient chaque fois plus imaginatives que les précédentes. Ainsi, le nukenin repoussait ses limites au fur et à mesure qu’elle progressait dans cette fameuse résistance au genjutsu et plaçait la barre à une hauteur telle qu’elle devrait bientôt se briser tous les os du corps pour la franchir.

C’était bien son style, et Ryuka se refusait de flancher.

C’était un petit jeu qu’ils affectionnaient particulièrement, tous les deux.
Malgré tout, Sasuke ne pouvait nier que les progrès de Ryuka étaient flagrants : elle ne s’évanouissait plus dès le début, et pouvait rester près de trois secondes sans que le pouvoir du sharingan ne l’affecte. Ce court laps de temps restait suffisant pour qu’elle puisse fuir ou détourner la tête.
Après, c’était une autre paire de manches. Si le pouvoir hypnotique de son dojutsu l’atteignait, elle résistait du mieux qu’elle le pouvait, ce qui conduisait à près de cinq minutes de confrontation éreintante, sans qu’aucun des deux ne puisse bouger, piégés par cette pression.

Cinq minutes de résistance. C’était encore insuffisant. Et ce n’était pas lui qui allait la ménager !

« On y retourne ! » ordonna Sasuke, sans poser de questions.

Ryuka eut juste le temps de s’y préparer qu’il la soumettait déjà à une petite vision de son cru.

L’univers sembla se tordre en milliards de torsions multicolores, dessinant dans l’air troublé des formes étranges aux lignes incertaines qu’elle ne reconnut pas. En tournant sur elle-même, paniquée, Ryuka comprit son erreur. Elle était emprisonnée dans cette autre dimension ! Quelle idiote ! Elle avait baissé sa garde juste quelques secondes et cela avait suffi à la faire sombrer dans le piège de son maître ! C’était rageant ! Mais maintenant que le mal était fait, il ne lui restait plus qu’à trouver la porte de sortie de cet endroit aux courbes effrayantes…

Soudain, entre toutes ces ombres aux allures inquiétantes, une d’entre elles s’en distingua si nettement que Ryuka n’eut d’autre choix que de la reconnaître. Rokubi !
« Ce démon de malheur ne va quand même pas venir me persécuter durant mes entrainements ! C’est suffisamment compliqué comme ça ! » Songea-t-elle en colère.
Dans ce monde immatériel, quelques pas lui suffirent pour atteindre ce satané démon. Elle ne réfléchit pas, et frappa, dictée par une force nouvelle qu’elle ne se connaissait pas encore.

PAAAF !!!

« Yees !!! » Son poing droit atteignit de plein fouet le visage de Ro… Hé, une minute ! Rokubi n’avait pas de visage !

Oups. Ce n’était pas Rokubi, mais Sasuke-sensei.
Pourrait-elle justifier cet écart de conduite avec sa malchance légendaire ?

« Hem… Désolée, Sasuke-sensei…
— … Bien, dit-il simplement d’une voix glaciale, essuyant le sang coulant de son nez. Je suppose que c’est une question d’habitude. En tout cas, on peut dire que tu as fait de sacrés progrès. Tu arrives maintenant à bouger, même sous l’emprise du Kaléidoscope…
— Et ?
— Et entrainement surprise ! On retourne dehors !
— QUOI ?! Et quand est-ce que je vais dormir ?
— Quand j’aurais décidé ! »

oOOo

Si on avait demandé son avis à Ryuka Sandayu, celle-ci aurait répondu sans hésitation. Sasuke Uchiwa était un monstre. Pas le monstre auquel pensaient aussitôt tous ninjas dignes de ce nom, capable de commettre meurtres sur meurtres sans état d’âme et d’achever la veuve et l’orphelin dans un battement de cils inhumain, mais le genre qui vous regarde vous tuer à la tâche sans dire un mot, et pire, de s’en satisfaire…

Sinon, comment nommer cet homme qui ne l’avait fait s’entrainer toute la nuit sans broncher, ne lui avait accordé que deux heures de repos pour finalement la réveiller à l’aube ?

Sasuke et Ryuka avaient quitté le fameux repaire dès le lendemain de sa semi-réussite, dixit Sasuke. Ryuka n’avait pas osé demander le pourquoi du comment et l’avait suivi sans discuter. C’était son rôle de disciple, après tout. Mais en jetant un dernier coup d’œil à cette crevasse où elle avait vécu ses plus belles victoires, elle avait senti son cœur se serrer.

Enfin, au moment où elle croyait avoir trouvé une maison, on la lui retirait. Mais elle s’était reprise.

Sa maison, c’était là où Sasuke-sensei décidait de l’emmener.

Les rochers de ce pays montagneux avaient depuis peu cédé la place à une forêt sombre et touffue. Ryuka calquait ses pas sur ceux de Sasuke, marchant dans son ombre sans que ce dernier ne l’attende. De toute façon, elle faisait bien trop de bruits pour que le doute soit permis. Et elle risquait de s’accrocher à lui pendant encore quelques temps, alors, autant s’y habituer tout de suite et ne pas espérer qu’elle prenne la poudre d’escampette…

« Sasuke-sensei, dit Ryuka en prenant la parole sans qu’il ne lui ait demandé, où va-t-on ?
— Tu ne me fais plus confiance, Ryuka ? Fut sa seule réponse.
— Si ! Bien sûr que si ! Gronda l’adolescente. Mais ça ne me dit pas où on marche comme des vieux paumés depuis ce matin !
— Des vieux paumés… Ton langage laisse sérieusement à désirer. On dirait une fille de mauvais quartiers !
— Quelle insulte ! J’en suis enchantée… Mais de la part d’un déserteur, cela ne m’étonne plus… »

Sasuke tiqua. Ryuka avait cette désagréable habitude de lui rappeler son statut… Il grommela quelque chose à propos d’éducation qui se perdait, puis reprit la route, en écartant une branche élastique… que Ryuka se prit de plein fouet.

« AIIIEUH !
— Tu disais quelque chose ?
— Grmmbl… ‘Spèce de face d’artichaut à la noix.
— Quelle imagination ! »

Ils s’arrêtèrent enfin, dans une clairière sans témoin et Sasuke daigna se retourner vers Ryuka. Une vilaine écorchure barrait son nez. Il eut un sourire satisfait. Ce n’était que partie remise, après tout !

« C’est quoi, la prochaine leçon ? demanda Ryuka en étouffant un bâillement.
— On dit : Quelle est la prochaine leçon, Sasuke-sensei, corrigea-t-il.
— Ouais, si vous le dites. Donc, qu’est-ce qu’on va ficher encore ? »

Il y a des choses qui ne changeront jamais.
Sasuke sortit une clochette de sa sacoche. Ryuka le vit l’accrocher à sa ceinture avec des gestes témoignant d’une habitude certaine. Elle fronça les sourcils. Qu’allait-il encore inventer ?

« Si tu arrives à attraper cette clochette, je t’apprendrai les Mille Oiseaux. »



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Sur tes traces

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